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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/407

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savaient redoutable et qu’ils croyaient loyal. Leur estime se change en indignation quand ils le voient violer toutes les lois de la guerre, bombarder les ambulances, tirer sur des officiers blessés, détruire sans nécessité de paisibles localités. Bientôt ils surprennent chez lui quelques indices d’une démoralisation naissante : fusillades nocturnes sans but et sans terme, affluence de déserteurs, découverte de sentinelles attachées à des arbres pour les empêcher de fuir [1]. A partir de ce moment, ils comparent la puissance de l’idéal qui les anime avec la discipline aveugle qui tient assemblés leurs adversaires ; ils prennent une conscience de leur supériorité qui représente pour eux la plus précieuse des forces morales comme la plus certaine des garanties de victoire.


III

« Ceux qui ont le bonheur de contempler l’Italie d’aujourd’hui et de sentir toute la grandeur de son âme nationale renouvelée par les exploits de ses fils, ceux-là doivent en être reconnaissans à Dieu. » Composée par la reine mère Marguerite elle-même et recueillie par un officier sur les murs d’une de ses villas transformée en ambulance [2], cette inscription traduit sous une forme lyrique une pensée qui a fini par s’imposer à tous : c’est que l’influence bienfaisante de la guerre ne s’est pas restreinte à l’armée, mais s’est étendue aussi à la nation, dont elle a fait ressortir les élites, rapproché les élémens constitutifs, et enfin développé l’esprit de sacrifice.

Par les deuils mêmes qu’elle a causés, elle a d’abord mis au jour des exemplaires achevés de beauté morale. Certaines publications de lettres posthumes, — et en première ligne celles de Begey, de Valentini ou de Borsi, — ont produit en Italie la même impression de regret et de fierté qu’en France la nouvelle de la mort d’un Péguy ou d’un Psichari ; la comparaison est d’autant plus naturelle qu’une véritable parenté intellectuelle semble rapprocher, d’un côté et de l’autre des Alpes, ces représentans d’un même idéalisme. Au début de la guerre européenne, Begey déplorait qu’ « en déchaînant les haines entre

  1. Begey, p. 50 ; — Pascazio, p. 64 ; — Borsi, pp. 111, 125 ; — Margheri, p. 70 ; — Azione du 7 novembre 1915 et du 30 juillet 1916.
  2. Carpazio, p. 227.