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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/388

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pourtant, la nécessité pour les Alliés de se refaire par les échanges s’imposera plus que jamais. Il y a quelques années, on opposait quelquefois au projet du tunnel sous la Manche la concurrence qu’il ferait à la navigation, idée bien superficielle déjà alors. Aujourd’hui, on peut dire que tous les moyens de transport seront nécessaires, qu’ils seront tous insuffisans, et que le tunnel sous la Manche, par sa puissance, sera un instrument de salut.

Tout d’abord, il y a une vérité incontestable : aucun service maritime, si bien organisé soit-il, ne peut développer les échanges avec la puissance de la voie ferrée. C’est l’expérience qui parle. Les Compagnies du chemin de fer du Nord en France et du South-Eastern en Angleterre ont fait tout ce qui était possible pour perfectionner les services directs entre Paris et Londres ; elles ont mis les trains en face des bateaux ; elles ont assuré le transport des gros bagages par wagons complets transbordés par des grues ; elles ont réduit progressivement la durée du trajet à six heures et demie (impossible de faire plus), au lieu de douze heures qu’il fallait en 1875, l’année même de la fondation de la Société française du tunnel sous la Manche. Sait-on à quel résultat on est arrivé ? A un chiffre misérable de 599 000 [1] voyageurs par tous ports français entre la Grande-Bretagne et la France, pendant l’année 1912, dernière année bien nette des statistiques, et cela pour une population de 83 millions d’habitans, soit une proportion d’environ 0,5 pour 100. Prenons, au contraire, les voyageurs échangés entre la France, la Belgique, la Hollande et l’Allemagne. Là on trouve un chiffre de 3 500 000 voyageurs pour une population de 114 millions d’habitans, soit une proportion sextuple (3 pour 100).

Avec tout le Continent, la même année 1912, l’Angleterre n’a échangé par les principaux ports de la Baltique, de la mer du Nord et de la Manche, que 1 700 000 voyageurs, chiffre proportionnellement aussi faible.

Quant aux marchandises, — les charbons mis à part [2], — l’Angleterre et la France n’ont échangé en 1912 également que 2 828 000 tonnes de marchandises diverses, marquant sur dix années en arrière une progression annuelle de 3,6 par an, alors

  1. Un trajet d’aller et retour est compté pour un voyageur.
  2. L’importation des charbons anglais en France a été de 10 689 000 tonnes en 1912.