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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/377

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tunnel sous la Manche ne l’eût permise beaucoup plus tôt ?

Comme on comprend aujourd’hui le mot fameux de de Moltke : « Il faut s’opposer au tunnel parce qu’il ne pourrait pas servir à attaquer l’Angleterre et qu’en cas de conflit avec l’Allemagne, il serait funeste à celle-ci ! »

Les Allemands ont joué avec une maîtrise réelle de l’avantage des lignes intérieures. Les Alliés, en vérité, ont manqué d’une de leurs principales lignes extérieures.


II. — LA CONSTRUCTION DU TUNNEL — HISTORIQUE ET PLAN

Voilà donc le rôle prodigieux qu’aurait eu le tunnel pendant la guerre. Avant de passer à l’exposé des services non moins immenses que cette route sous-marine rendra dans l’avenir, il est bon de rappeler brièvement en quoi consiste le projet.

Ce n’est pas une conception de l’imagination. C’est un projet parfaitement assis, parfaitement mûri, qui a été voulu il y a environ quarante ans aussi pleinement par le Gouvernement britannique que par le Gouvernement français, et que depuis lors j’ai pu entièrement réviser et mettre au point, d’accord avec mes collègues anglais, notamment avec l’illustre ingénieur sir Francis Fox, pendant ces dernières années. Demain, si le Parlement britannique le veut, on peut se mettre à l’œuvre. Car la Compagnie française et la Compagnie anglaise du Chemin de fer sous-marin entre la France et l’Angleterre peuvent reprendre bien vite les travaux qu’elles ont abandonnés avec tant de chagrin le 18 mars 1883.

L’arrêt des travaux n’a guère eu d’autre cause que le nuage politique soulevé à cette époque entre les deux pays par la question d’Egypte, si heureusement résolue par les accords marocains de 1904, qui ont été le retour à la politique traditionnelle de l’amitié avec la Grande-Bretagne.

En réalité, l’entente sur la construction du tunnel a été aussi complète que possible et elle a duré près de quinze années (de 1870 à 1883). Elle a même été si prompte, si aisée, presque si spontanée que l’on peut à peine parler de pourparlers. Ouverts au mois d’avril 1870, ils n’ont été interrompus que pendant la guerre franco-allemande. Les années qui suivent, jusqu’en 1871, sont remplies par une succession de notes diplomatiques qui toutes affirment un accord de plus en