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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/376

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commandans anglais a été dès ce moment au-dessus de tout éloge et, depuis lors, les services sanitaires de nos Alliés ont été portés à un degré de perfection qui fait notre admiration. Il n’empêche que les complications sont restées infinies. Par-dessus tout, le tunnel sous la Manche eût épargné d’innombrables souffrances, sauvé des existences extrêmement précieuses, et cela seul en impose l’idée à tous. On sait d’ailleurs que la barbarie allemande n’a pas épargné les bateaux de Croix-Rouge et nous avons l’horreur de voir des navires-hôpitaux torpillés. Ces crimes ont même conduit le Gouvernement britannique à réduire le plus possible le nombre des transports de blessés de France en Angleterre, en développant les formations sanitaires du front, de sorte que les malheureux blessés restent séparés des semaines et des mois de leurs familles. Quoi d’étonnant que le tunnel sous la Manche soit devenu entre eux, comme on nous le rapporte, un de leurs sujets favoris d’entretien. La simple humanité inspire les regrets les plus fervens que cette route sous-marine nous ait manqué.

Un dernier rôle du tunnel, enfin, dont l’importance eût été primordiale : le tunnel eût hâté la coordination des efforts des Alliés. Nul doute que le détroit n’ait été un obstacle à l’organisation rapide de « l’unité d’action sur l’unité de front. » N’est-ce pas le colonel Repington qui signalait avec sa haute autorité, dans le Times du 24 août 1916, qu’il a fallu un temps terriblement long aux Alliés pour les décider à agir de concert :

« La nouveauté de l’idée de l’unité d’action, la distance qui séparait les Alliés et les sentimens de chacun, plus empreints de nationalisme que de l’idée d’alliance, ont fait que nous nous sommes confinés chacun presque exclusivement dans notre tâche et que nous n’avons pris qu’un intérêt languissant à ce que faisaient nos Alliés. Depuis le mois d’août 1911 jusqu’au mois de mai 1916, chacun des Alliés s’est battu presque pour son compte, où et quand il lui plaisait de sorte que c’est l’Allemagne qui a pu régler le rythme de la campagne et faire la loi en matière de stratégie. Nous autres, les Alliés, nous avons combattu tour à tour et lorsqu’il y eut simultanéité entre nos efforts, ce fut presque un hasard heureux. »

Depuis lors, la collaboration entre les états-majors alliés s’est établie aussi étroite que possible, mais comment ne pas admettre qu’un moyen de communication rapide comme le