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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/370

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quelque temps M. Lloyd George dans un de ses discours d’une éloquence enflammée.

Jamais, en effet, la navigation marchande n’a subi une crise pareille à celle dont le monde souffre maintenant. Jamais non plus n’a sévi une crise de main-d’œuvre pareille à celle que la guerre a provoquée.

On estime aujourd’hui à plus d’un tiers, certains statisticiens disent même la moitié, la proportion des bâtimens marchands que, de façons diverses, les hostilités ont soustraits à l’outillage maritime, — représenté vers l’année 1913 par environ 48 millions de tonneaux de jauge, — à la disposition des besoins commerciaux du globe. D’autre part, M. Henderson, l’ex-membre du Comité de guerre britannique, évaluait, au printemps dernier, le nombre d’hommes tués à la guerre pour toutes les populations belligérantes au chiffre effrayant de sept millions environ, et il indiquait le nombre total des blessés et des tués comme dépassant la population du Royaume-Uni. Et nous ne sommes pas au bout, hélas ! du nombre de ceux qui ne reviendront pas.

Situation atroce pour l’humanité, mais dont les lourdes conséquences, — en dehors des torrens de larmes versées, — appellent de la part des Alliés tous les remèdes matériels en leur pouvoir.

Car ces conséquences deviennent sérieuses : raréfaction progressive des choses essentielles à l’existence : charbon, blé, bétail, pétrole, fer, coton, laines, tissus, cuirs, papier, bois, etc. ; entrave aux échanges dans la vie moderne qui ne repose guère que sur les échanges ; les centres de production souvent isolés des centres de consommation, les ports et les docks encombrés, les peuples alliés, ou tout au moins l’Angleterre obligée de fermer ses ports à ce qui n’intéresse pas directement sa subsistance, même aux importations françaises, les relations par chemin de fer extrêmement réduites, les initiatives individuelles et celles de l’industrie en partie paralysées, une cherté de vie grandissante, une course à l’augmentation des salaires, le trouble jeté dans les rapports entre patrons et Ouvriers et par-dessus tout un certain danger d’usure morale de l’arrière des armées combattantes.

Cette situation ne fera probablement que s’aggraver d’ici la fin des hostilités et, quoique atténuée, lui survivra pendant des années. Au lendemain de cette période effroyable d’usure