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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/366

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avec une certaine saveur d’étrangeté. Une pointe d’exotisme subsistait en lui, dont il ne s’était jamais complètement débarrassé. Un je ne sais quoi dans la coupe des cheveux qui encadraient sa figure ronde, et aussi dans la coupe de ses vêtemens, avertissait qu’il n’était pas entièrement de chez nous. Ce n’était plus la fantaisie du costume que son père lui avait confectionné pour le collège de Beauvais : il lui en était toujours resté quelque chose. La légère surprise du premier abord cédait vite à l’agrément de l’accueil. Tout de suite on était enveloppé par la caresse du regard : et c’était ce qui donnait l’expression au visage, ce regard intelligent et doux, curieux, observateur, qui se fixait sur vous plutôt qu’on ne pouvait le fixer. Un regard où il y avait de l’esprit, de la bonté et de l’inquiétude. Une voix musicale, aux inflexions chantantes, au timbre un peu voilé. Des manières d’une politesse raffinée et qui, chez un autre, eût paru presque exagérée. Et mêlée à cette quasi humilité, une imperceptible ironie. Un ensemble discret, volontairement effacé, avec seulement un désir de plaire qui se traduisait par une recherche d’amabilité et par l’exquise aménité des propos.

Il fallait le voir dans le cadre qu’il s’était choisi, en accord avec son humeur, adapté aux habitudes de sa pensée et aux manies de son travail. Il était allé se loger dans la provinciale rue du Pré-aux-Clercs, paisible et surannée comme son nom, une rue où les maisons donnent sur des jardins plantés de vieux arbres, et pleins de chants d’oiseaux. Wyzewa y avait connu le bonheur auprès d’une compagne faite pour lui, et puis l’atroce détresse de se pencher sur un être cher que la mort vous prend chaque jour un peu davantage. Depuis lors, il n’avait cessé de sentir flotter autour de lui la présence de la disparue, avec laquelle il conversait dans le silence des nuits. Ce lui était une raison de plus d’aimer la solitude de sa thébaïde, qu’il peuplait de souvenirs et d’entretiens mystiques. Il vivait là dans une petite pièce qui lui servait de cabinet de travail, de salon de réception, de fumoir et de bibliothèque. Les meubles disparaissaient sous un écroulement de livres : tout ce qui se publiait de nouveau dans le monde entier convergeait vers ce havre étroit. Quelques bibelots précieux sur des étagères dont nuls soins indiscrets ne troublaient plus la poussière ; quelques gravures de maîtres sur la tenture délavée des murs. Dans un