Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/365

Cette page a été validée par deux contributeurs.


mands peints par eux-mêmes. C’est dès le 15 août 1914 qu’il publiait son article sur les Confessions d’un capitaine prussien, destiné à un si grand retentissement. À cette date, nous ignorions tout de l’Allemagne : tout nous était découverte, révélation, démonstration éclatante de notre longue et impardonnable erreur. Toutefois, et ceci est essentiel, il ne faudrait pas croire que Wyzewa eût attendu la déclaration de guerre pour apercevoir l’Allemagne telle qu’elle est. Il serait de toute injustice de le ranger parmi ceux qui, du jour au lendemain, se sont déjugés avec une désinvolture, — dont, après tout, il faut leur savoir gré, — et qui ont subitement discerné en Allemagne tout le contraire de ce qu’y avait jusque-là célébré leur imprudente dévotion. S’il avait de bonne heure été attiré vers l’Allemagne par son admiration pour la musique wagnérienne et par son culte pour les Primitifs, Wyzewa n’avait pas tardé à toucher la réalité des mœurs allemandes. C’est de 1890 que date le tableau qu’il nous en a tracé. Le premier trait qu’il note chez les Allemands, c’est la grossièreté des sens, parfaitement compatible d’ailleurs avec une certaine sentimentalité, le gemüth. Autre trait : l’absence de volonté. Pas d’initiative, pas d’autonomie morale, un besoin d’obéir. Cette enquête sur les mœurs au pays de Kant et du piétisme s’achève par cette remarque que je reproduis textuellement : une absence singulière de conscience morale.

Wyzewa n’a pas seulement vu le mal, mais d’où il venait. Il a signalé la transformation qui s’est faite dans la mentalité allemande sous l’action de l’hégémonie prussienne. « Chaque jour, un pan de l’ancienne probité allemande se détache… C’est de Berlin que va souffler sur l’Allemagne, je le sens, la bouffée d’air meurtrière. » Sur l’Allemagne et sur le monde… Encore une fois, l’enquête est de 1890 : ces lignes ont été écrites vingt-quatre ans avant la guerre ! Elles auraient tous les droits à être qualifiées de prophétiques, si l’ambitieuse banalité du terme n’eût été pour blesser la réserve d’un écrivain ennemi déclaré de la grandiloquence.

Maintenant je ne voudrais plus me souvenir que de l’homme. Aucun n’a été plus ressemblant à son œuvre. Il en avait la grâce et la diversité. Il en avait le charme, la séduction subtile