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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/358

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événement littéraire, sans que Wyzewa nous en ait informés. Il nous a donné vraiment la fleur de toutes les littératures étrangères contemporaines.

Ici une question se pose : quelle peut être la valeur d’une critique qui porte sur des livres qui ne sont pas de chez nous ? Ne risque-t-elle pas de commettre bien des erreurs ou bien des méprises ? Il n’est que de voir comment on juge nos écrivains à l’étranger : plusieurs y sont célèbres, qui sont à peu près inconnus chez nous et dont la célébrité exotique nous scandalise un peu ; d’autres sont chez nous au premier rang, dont le nom réussit péniblement à passer la frontière. Il est inévitable en effet que bien des traits d’un esprit qui n’est pas le nôtre restent pour nous lettre morte. Wyzewa échappait en partie à ce danger par ce qu’il y avait dans son esprit de cosmopolite. Mais voici ce qu’il faut dire. Jugeons-nous mieux ou plus mal une œuvre étrangère ? Nous la jugeons autrement. Au point de vue national nous substituons le point de vue universel. « Les caractères nationaux d’une littérature gagnent à être vus d’un peu haut, ou, plus exactement, d’un peu loin. Et l’étranger, qui les voit ainsi naturellement, court le risque de se tromper sur bien des détails, mais je dirai presque qu’il n’y a que lui qui puisse les voir ainsi. » Cela est exact. Il y a du détestable et il y a de l’excellent dans les jugemens portés à l’étranger sur une littérature. Dans ce qu’ils ont d’excellent, ils sont comme un avant-goût du jugement de la postérité. Et voilà pourquoi partout, hors de France, on était si curieux des jugemens de Wyzewa.

À suivre ainsi d’ensemble le mouvement des littératures étrangères, on y discerne les courans généraux qui s’y font sentir à certains momens, comme une onde qui se propage d’un bout à l’autre du monde des idées. Par exemple, au cours de ces vingt dernières années, nous avons eu en France une littérature désenchantée qui nous a fait souvenir des René et des Obermann ; mais c’est qu’une vague de pessimisme passait alors sur toute l’Europe. Nous avons eu notre épidémie de naturalisme ; mais les autres pays en ont été pareillement atteints : ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Nous avons eu, dans le roman et au théâtre, un mouvement féministe nettement révolutionnaire ; mais, vers le même temps, le roman féministe anglais en était à faire rougir le