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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/319

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la muraille blanche, et, dans chacune des alcôves, un amoncellement de matelas pareils, de coussins aux couleurs vives. Rien de plus, mais c’est parfait. Et que l’on est reconnaissant à la fenêtre d’être si petite sous sa coquille étrange (que sans doute des maçons d’Europe ont apportée ici), et à la porte d’être si lourde, si impénétrable au soleil, lorsqu’on a mis, entre soi et l’aveuglant éclat du jour, ses deux énormes portans fermés par un loquet de fer !

Là-bas, dans la ville française qui se bâtit hors des murailles, nos architectes s’ingénient à copier le détail gracieux de ces demeures musulmanes ; mais ces fantaisies charmantes que le sage artiste arabe réservait pour l’intérieur du logis, nous les offrons, nous, à la rue. Cette maison d’Islam, toute repliée sur elle-même et orientée vers le secret, nous la retournons comme un gant. Et pourrions-nous faire autrement sans nous renier nous-mêmes ? Une maison, c’est une âme : la nôtre est toute curiosité, agitation, inquiétude, toute projetée vers le dehors ; et nous croirions déjà être descendus au tombeau, si la vie, que nous venons de laisser à la porte, ne rentrait aussitôt par la fenêtre.

Et puis — je le pressens déjà à quelque chose comme un frisson qui, même dans ces journées de juillet, tombe le soir sur les épaules — quand les averses de l’hiver s’abattent au fond de cette cour avec la fureur obstinée qu’ont, paraît-il, les pluies sur cette côte, et que l’eau des terrasses ruisselle à flots de ces petites tuiles qui dessinent là-haut, sur le faîte des murs, de charmans festons d’un vert tendre, ah ! comme elle doit être triste et perdre son riant visage, cette blanche maison, sans feu, sans cheminée, sans fenêtres (ou si petites) et qui ne reçoit vraiment de jour que par ces grandes portes ouvertes, où pénètre avec le froid, la lumière grise et mouillée !…

Quand je suis dans mon puits d’ombre, pour revenir au sentiment qu’une vie existe au dehors, je gravis la petite échelle qui me conduit sur mon toit. Aucun homme, fût-il musulman, n’a le droit de paraître sur les terrasses. Elles sont réservées aux femmes ; et c’était un de leurs plaisirs, au coucher du soleil, les promenades, les visites, les bavardages sur les toits. ; Mais depuis quelques années, des regards indiscrets sont venus jeter le désarroi dans ces réunions aériennes. Plutôt que de subir notre curiosité, les femmes restent au fond des patio, et