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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/313

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La foire de Rabat


I

IMPRESSIONS D’ARRIVÉE



I. — LES CIGOGNES DE RABAT

Je croyais qu’il n’y en avait qu’en Alsace ! Et je les trouve tout le long de cette côte marocaine, immobiles sur leurs longues pattes, avec leurs plumes blanches et noires, leur cou flexible et leur bec de corail qui fait un bruit de castagnettes… Je ne sais comment aucune image, aucun hasard de lecture ne m’avait préparé à les voir ici, ces cigognes. Et c’est pour moi un plaisir enfantin de rencontrer ces grands oiseaux, que j’imaginais seulement sur les cheminées de chez nous. Avec le même air familier, la même attitude pensive qu’au sommet d’un clocher d’Alsace, elles se posent sur les murs d’enceinte des vieilles petites cités maugrabines, Fédhala, Bouznika, Skrirat, Témara, qui s’échelonnent sur les grèves de Casablanca à Rabat. De ces vieilles petites cités, on n’aperçoit rien d’autre que le corset de leurs murs rouges, dont la ligne flamboyante n’est interrompue çà et là que par d’énormes tours carrées, une porte, un éboulis, ou la verdure d’un figuier. Mais de la vie enfermée dans ces remparts couleur de feu on ne voit, on n’entend rien. Seuls, les grands oiseaux blancs et noirs animent ces kasbahs mystérieuses, posées là sur le sable comme les