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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/296

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Les Sarrelouisiens, frémissant d’émotion au récit d’événemens qu’ils connaissaient mal, qu’ils apprenaient tardivement et mêlés de légendes souvent absurdes, se demandaient quel allait être leur sort et s’ils ne seraient point livrés à la Prusse. Enfin, ils furent informés que le traité signé à Paris le 30 mars 1814 laissait leur ville à la France ; plus heureux que leurs voisins de Sarrebrück, de Merzig, de Trêves, ils conservaient leur qualité de Français.

Le samedi 16 avril, la garnison rassemblée sur la place, à dix heures du matin, reçut des cocardes blanches ; le drapeau blanc fleurdelisé fut hissé à la pointe du clocher de l’église, à la place du drapeau tricolore, et salué de cent un coups de canon. Le lendemain et jours suivans, les troupes du général Durutte, qui s’étaient concentrées à Metz, revinrent dans leurs anciens cantonnemens, tandis que la garnison de Mayence, forte de 12 000 hommes et 1 400 chevaux, passait par Sarrelouis pour se retirer sur Metz.

Puis, un calme apparent succéda, dans la foule, à l’ahurissement et à l’émotion à la fois douloureuse et impuissante. On vécut ainsi, commentant les événemens qui s’étaient précipités si rapidement, chacun demeurant inquiet, mal à l’aise et dans le mécontentement, tandis qu’on dépeçait nos départemens rhénans et que les bourgs et villages qui touchaient presque à la banlieue de Sarrelouis se trouvaient, contre leur gré et sous une forme encore mal définie, incorporés à l’Allemagne, bien que personne ne songeât à reconstituer l’ancien Électorat de Trêves dont ces pays avaient jadis fait partie. Ils furent administrés par une commission austro-bavaroise qui alla siéger à Spire. Tout cela fut présenté comme provisoire ; il n’était encore nullement question de donner ce pays à la Prusse.

Soudain, le 10 mars 1815, on apprit par le courrier de Metz que Napoléon avait quitté l’île d’Elbe et qu’il organisait ses forces à Cannes. Ce fut comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, mais une atmosphère lourde et chargée d’électricité. L’enthousiasme fut indescriptible ; il n’y eut pas un dissident. Ce jour même, bien que Louis XVIII fut encore à Paris qu’il ne devait quitter que dans la nuit du 19 au 20 mars, le pavillon tricolore fut arboré sur le clocher de l’église de Sarrelouis. Seulement, il fallut bientôt songer à se préparer de nouveau à la guerre : les Sarrelouisiens, qui ne rêvaient que l’expulsion des