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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/243

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objet d’une pareille réunion, pour ses initiateurs et pour ses directeurs, serait d’affirmer, dans l’ordre international, la puissance de l’État socialiste intérieur à chaque État. Aussi n’y a-t-il toujours et partout, mais d’abord en ce moment et en France, qu’une question : où est le gouvernement ? Même dans une démocratie, sous le régime du suffrage universel, surtout sous ce régime, le parti socialiste, qui ne représente qu’une minorité, n’a pas le droit d’engager la nation. Aucun parti n’en a le droit. Dans l’espèce, les gouvernemens de l’Entente méritent cet hommage qu’ils n’ont pas failli. De Paris, de Londres, de Rome, de Washington, et de Tokio même, ils ont dit tout haut et tout net qu’il n’y avait de gouvernement que le gouvernement.

Mais cette première question : où est le gouvernement ? en amène une autre : que vaut le gouvernement ? L’État tire-t-il de la nation le meilleur gouvernement, ne biaisons pas, le meilleur personnel gouvernemental qu’elle puisse donner ? Nous avons eu, la quinzaine passée, quelques changemens dans ce personnel. Il était indiqué que M. Charles Chaumet, président, depuis de longues années, de la Commission de la Marine, à la Chambre des députés, reçût le portefeuille de l’amiral Lacaze, démissionnaire. D’autres choix sont peut-être un peu plus surprenans, et il est vraiment curieux que, M. Denys Cochin s’étant retiré parce qu’il voyait que le sous-secrétariat du blocus ne pouvait plus servir à rien, on ait mis à ce sous-secrétariat, maintenu comme indispensable, M. Albert Mêtin, enlevé au sous-secrétariat des finances, que l’on a supprimé soudain comme inutile.

Consolons-nous par l’espoir que la guerre nous aura incités à réviser l’échelle des valeurs, et confirmons-nous dans la volonté d’aider à cette révision par une réforme profonde de nos institutions, en commençant par le commencement. Sans rompre ni affaiblir « l’union sacrée, » on peut penser et on peut dire que le pays sera demain plus las encore qu’il ne l’était hier de la politique d’aventure et des politiciens de méfier, et que son impatience se fera plus énergique. Il faudra que c’en soit fini des syndicats et des clientèles, du gouvernement des bandes, du condotterisme parlementaire, de la République des camarades. L’affaire Almereyda, si elle n’était qu’un fait-divers, ne trouverait pas de place ici. Nous ne nous intéresserions ni à la vie ni au trépas de ce personnage au moins équivoque. On s’en rapporterait au dire des experts, que les apparences sont qu’il ait pu se suicider dans sa prison, et l’on se contenterait de remarquer que la vigilance de l’administration n’y