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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/224

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C’est merveille de voir comme il débrouille ces complications, souvent ces intrigues, et comme il éclaire joliment ces mystères augustes ou non. Guidés par lui, nous allons tout savoir. Et, s’il nous dit : « Je ne saurais, à défaut de compétence, analyser un tel discours, » — c’est à propos des fortifications de Paris, — nous devinons que Lamartine s’est lancé au-delà des limites prudentes. Lamartine commet, à l’occasion, des fautes de tactique parlementaire : M. Barthou s’en aperçoit. Lamartine, par exemple, s’amuse à recueillir des applaudissemens très variés : tantôt les amis du gouvernement lui organisent un succès contre les partis de gauche ; et tantôt, ce sont les partis de gauche qui le soutiennent à l’encontre du gouvernement. Qu’est-ce à dire ? Lamartine garde son indépendance ; il approuve à droite, à gauche, selon que la droite ou la gauche a raison. Parbleu ! Mais, non ; ce n’est pas tout naturel, et M. Barthou signale cette « hardiesse » de Lamartine, très honorable et fière, très dangereuse. En deux mots, Lamartine se fait aimer contre quelqu’un, non pour lui-même ; et cette façon d’agir, sans conséquence pratique, le rend inefficace. Lamartine, en général, suit son inspiration. Ce qui lui manque, — et M. Barthou reprend ici une remarque de Louis Blanc, — c’est, et sans plaisanterie aucune, « cette forme hautaine de l’obéissance que la situation de chef de parti exige fréquemment. » Il a toutes les qualités d’un chef, excepté l’obéissance. Or, « les assemblées parlementaires admirent parfois, mais elles suivent rarement les chefs qu’elles sentent trop seuls. » Au surplus, les maladresses de Lamartine, son historien, qui les note, ne les méprise pas. Elles lui semblent héroïques. En outre Lamartine s’est peu à peu corrigé. Ce dont il a dédaigné de se corriger n’a pas empêché ses triomphes : encore une preuve de son génie. M. Barthou le place dans la situation commune et le montre qui s’en évade. C’est ainsi qu’on peint les grands hommes : ils ont leurs attaches, et ils ont leur envolée.

Ce caractère du grand homme et du héros, M. Louis Barthou le sent et le fait sentir. Il a subi le prestige de cet imposant génie et — c’est un bon signe — il a conservé intacte sa clairvoyance : ni le prestige du héros ne l’accable ; ni l’analyse, qu’il a voulue exacte et rigoureuse, ne disperse le génie. La critique et l’histoire ont, le plus souvent, l’un ou l’autre de ces inconvéniens.


On naît orateur : c’est une opinion répandue. En outre, Lamartine parmi tous les poètes nous apparaît comme celui que ses velléités contentent le plus vite. Il ne travaille pas : il chante. Il n’a pas besoin