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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/220

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lecture des Commentaires. S’il est sage pour un historien critique de résister à ce charme [1], un militaire peut s’y abandonner tout entier. Monluc est en effet la plus vivante et brillante incarnation de l’officier français ; ses idées sur le devoir militaire ont inspiré tous nos règlemens. Devoir du gouverneur dans une place assiégée, devoir de l’officier dans les travaux de tranchées, dans la reconnaissance, dans l’action par surprise, dans l’assaut, ses préceptes et ses conseils s’étendent à tout et forment aujourd’hui encore, après plus de trois siècles, la base de notre enseignement militaire. S’il sait les devoirs qui incombent au chef, sa vieille expérience, à laquelle on ne saurait en conter, lui a appris aussi à connaître la faiblesse humaine, les négligences et les fautes que ce chef peut être entraîné à commettre, ainsi que les excuses habituelles dont il peut être tenté de les couvrir : toute transaction avec le devoir sera justement flétrie dans les Commentaires. Enfin, Monluc est celui qui, un des premiers, a pratiqué cette discipline à la fois ferme et paternelle, si caractéristique de notre armée, si inconnue, au contraire, de l’officier allemand, qui ressent une souffrance d’amour-propre, s’il est rapproché du soldat, et pour lequel le salut cataleptique du subordonné est la suprême manifestation de l’esprit militaire.


Lieutenant-colonel DE CASTRIES.

  1. Cf. P. COURTEAUT, Blaise de Monluc. Avant-propos.