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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/216

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pas. Or, je ne vis de ma vie gens passer si vite par-dessus une courtine.


Les Anglais, attaqués en même temps sur un autre front par les bandes de Taix, abandonnèrent le fort et retraitèrent sur Calais.

De pareils coups de main ne peuvent être entrepris que lorsqu’après avoir tâté son ennemi, on l’a trouvé démoralisé, « faible de reins et aisé à prendre la fuite. » Il faut alors agir avec décision et rapidité et attaquer « sur la chaude » sans y réfléchir à trois fois ; les longues consultations font souvent manquer beaucoup de bonnes entreprises. « Donc, capitaines, chargez votre ennemi cependant qu’il est en peur dans laquelle vous l’avez mis, car si vous lui donnez loisir de se reconnaître et d’oublier sa peur, vous êtes en danger d’être plus souvent battus que non de battre l’ennemi. »

Dans une carrière de cinquante ans, Monluc n’a pas conduit seulement des camisades ou des attaques de vive force ; il a commandé des opérations régulières. Ses conseils, pleins de bon sens et d’expérience, ont inspiré nos règlemens. Il pose comme un principe absolu que le devoir de tout chef chargé d’une action militaire est de reconnaître par lui-même et de jour la position ennemie et de juger de la situation sur place. Si, dans la guerre de tranchées, c’est une obligation pour le chef, comme Monluc n’a cessé de le répéter, de se trouver au milieu des travailleurs pour les encourager, c’est pour le capitaine une obligation plus impérieuse encore d’apporter à ses hommes le réconfort de sa présence, lorsque ceux-ci sont exposés. « Quand il fait chaud en quelque lieu, si le chef n’y va pas, le reste n’y va que d’une fesse et gronde qu’on les envoie à la mort. » Il fait chaud souvent dans la guerre de tranchées : c’est l’entonnoir béant ouvert par l’explosion soudaine d’une mine et qu’il faut disputer à l’ennemi, c’est le nuage de fumées derrière lequel l’assaillant ou le défenseur cherche à masquer ses entreprises. Tous ces moyens, mines, artifices fumigènes, étaient employés au XVIe siècle, et nous les trouvons décrits dans maints passages des Commentaires.


Or, deux mines firent un grand exploit… et, sur la grande poussière qui se fit, le baron de Chepy, qui était maître-de-camp, et tous les capitaines qu’il avait avec lui montèrent incontinent sur la ruine