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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/214

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et dans laquelle l’ennemi est presque invisible ne saurait exciter le courage comme la guerre de mouvement ; elle est déprimante surtout pour le Français, car « notre nation ne peut pâtir longuement comme fait l’espagnole et l’allemande ; » elle développe chez l’homme cette mentalité légèrement morbide qu’on appelle, en langage de troupe, « le cafard. » D’après une fiction toute militaire, ce méchant insecte pullulerait dans certains milieux provoquant l’énervement et l’humeur grincheuse. Pour réagir contre le cafard, le chef devra maintenir haut son moral et toujours donner l’exemple de la patience. Monluc s’attribue cette qualité, tout en éprouvant le besoin d’aller au-devant d’une contradiction. « Je suis Français impatient, dit-on, et encore Gascon, qui le surpasse d’impatience et de colère, comme je pense qu’il fait les autres en hardiesse, cependant ai-je toujours été patient et ai-je porté la peine autant qu’autre saurait faire. » Il est permis de supposer que le bouillant capitaine n’arrivait pas aussi facilement à dominer son naturel.

Par contre, il devait exceller à remonter le moral d’une troupe. Sa verve gasconne lui faisait trouver de ces propos allègres et imprévus qui sont le meilleur réconfort du soldat. Dans les momens difficiles, il conseille au chef de ne pas faire voir un visage mélancolique et soucieux, mais de ragaillardir les soldats par une bonne parole. « Parlez souvent avec eux en quatre ou cinq paroles, leur disant : « Eh bien, mes amis, « n’avez-vous pas courage ? Je tiens la victoire nôtre et la mort « de nos ennemis déjà pour assurée. » Que si, dans la tranchée ou dans le boyau, le coup au but bouleverse les terres et fait quelques victimes, expliquez à vos hommes qu’en face « l’ennemi « se trouve en même peine que vous. »

Certes, les Commentaires nous présentent le récit de nombreux faits d’armes ; Monluc, dans la guerre de mouvement, se montre un chef énergique, intrépide, entraînant : il charge avec sa troupe « de cul et de tête, » cherchant toujours les lieux où se donnant les coups ; les arquebusades lui passent au long des oreilles cependant qu’il excite de la voix et du geste ses glorieux Gascons. Il n’en est pas moins vrai que la guerre de tranchées reste son fait, dans la défensive comme dans l’offensive ; c’est dans la conduite des travaux, dans les mouvemens d’approche, dans les. actions par surprise, dans les escalades, et