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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/144

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la scène. Il revit dans sa marche et dans son geste la bataille de Suma.


Au rivage d’Awaji.

Passent et reviennent les oiseaux de mer ; à leurs cris je m’éveille. C’est pour détruire enfin la chaîne du karma de ma vie que j’apparais ici.

Et le miracle s’accomplit : par les prières du moine Rensei et l’effort d’Atsumori, la réconciliation se fait entre le meurtrier et sa victime.

LE WAKI (Rensei). — Autant que la mer sous la grève rocheuse,
LE SHITE (Atsumori). — Fût-il profond, le péché est expié et retiré de l’abîme.
LE WAKI. — L’être devient Buddha, et la cause de sa délivrance.
LE SHITE. — C’est le mérite d’une autre existence. Aussi,
LE WAKI. — Autrefois ennemis,
LE SHITE. — Maintenant, au contraire,
LE WAKI. — En vérité, par la loi,
LE SHITE. — Nous sommes devenus amis.

Et, dans un dialogue admirable auquel le chœur se mêle, le moine Rensei, l’esprit d’Atsumori et le chœur évoquent les souvenirs de la veille et du jour même de la bataille, de la flûte de bambou dont Atsumori tirait encore des sons le soir qui précéda sa mort, et de la lutte qui le lendemain s’engagea.

Nous voici à la crise du drame et à la danse qui sera le dénouement. — L’orchestre s’anime, la flûte, évocatrice de la flûte même d’Atsumori, y fait entendre ses cris perçans, l’esprit d’Atsumori entame la danse symbolique de la bataille, que le chœur accompagne de ses chants.

<poem> LE SHITE (Atsumori). — Et voilà que, la nef impériale les précédant,

LE CHŒUR. — Le clan tout entier a mis ses bateaux à la mer. Ne voulant pas rester en arrière, Atsumori accourt au rivage.

Mais la nef impériale et les barques des soldats sont déjà loin.

LE SHITE. — N’ayant pas d’autre ressource, Atsumori pousse son cheval dans les flots. Son aspect trahit un trouble extrême. Mais, à ce moment,