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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/139

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Michizane, qui vécut de l’année 845 à l’année 903 de notre ère, qui fut ministre de droite des empereurs Uda et Daigo, et qui, par une intrigue de la puissante famille des Fujiwara, fut destitué, chassé du palais impérial, dépouillé de ses biens et exilé à Dazaifu. Michizane, au moment où il s’éloignait du palais et où il quittait sa propre maison, dit adieu à ses Ileurs et surtout au grand prunier rose qui était la gloire et la joie de son jardin. Cet adieu consista en une courte poésie que, selon l’usage, il suspendit, en partant, à l’une des branches du prunier regretté :

Sous la brise d’Est,
Brillez de tout votre éclat,
O fleurs de prunier ;
Rien que n’ayant plus de maître,
N’oubliez pas le printemps !

Parvenu au lieu de son exil, Michizane se retira en un petit temple où il vécut dans l’isolement et mourut au bout de deux ans. A peine Michizane était-il mort que de terribles punitions et vengeances s’exercèrent sur la famille impériale et sur le clan des Fujiwara qui l’avaient injustement disgracié et persécuté. Tous ses persécuteurs périront, l’un après l’autre, en quelques années, de mort violente. La foudre tomba sur le palais et y mit le feu. L’iniquité des persécutions dont Michizane avait été victime étant ainsi démontrée, et son pouvoir surnaturel établi, la mémoire et les mânes de l’exilé furent réhabilités, puis devinrent bientôt l’objet d’une légende, d’un culte. Michizane, divinisé, fut adoré d’abord comme le terrible dieu du tonnerre, puis comme une incarnation bienfaisante de Monjù ou de Kwannon. Un temple lui fut élevé à Anraku, puis un autre au Nord-Ouest de Kyoto, dans la plaine de Kitano, en un point où dans l’espace d’une nuit un bois de plus avait poussé miraculeusement. Ce temple subsiste aujourd’hui, dédié, sous le nom de Temman-Daijizai-Tenjin, à Michizane, qui est adoré comme le dieu des ministres et des lettrés et dont, en souvenir de sa poésie d’adieu, la fleur de prunier est considérée comme l’emblème. Dans la légende, un prunier-rose du jardin de Kyoto était représenté comme s’étant envolé pour retrouver à Anraku les plus entourant le temple. Le Prunier-Volant et le Vieux-Pin devinrent ainsi comme l’image et le