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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/132

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XIVe et XVe siècles, c’est à l’époque des Ashikaga, sous le règne mystique et raffiné de ces Valois du Japon, que le Nô atteignit sa plus grande perfection littéraire et musicale. Echo des plus vieilles croyances, traditions et légendes de la race, il devint, par l’art des bonzes lettrés à qui sont dues les plus belles pièces, par l’inspiration profondément bouddhiste dont il est animé, le joyau de la poésie japonaise, le chef-d’œuvre d’une littérature qui dans aucun autre genre n’a produit une expression aussi adéquate de l’âme même du Japon. A partir de cette date du XVe siècle, le Nô, adopté à la cour des shoguns, comme dans les temples, cultivé par une élite d’artistes professionnels, qui se léguèrent de père en fils les traditions et secrets de leur art, ou par des amateurs épris de poésie, de musique et de danse, fut la distraction préférée ou plutôt le régal favori des esprits instruits et distingués qui trouvaient dans ce drame lyrique la somme et l’élixir de toutes les émotions esthétiques de leur race, de leur histoire, de leur religion même.

Bien que la plupart des Nô aient été composés aux XIVe, XVe et XVIe siècles et que, depuis lors, la période de création ait été à peu près close, les siècles qui suivirent conservèrent le goût de cet art. Les représentations de Nô eurent, durant toute la dynastie des Tokugawa, un public de plus en plus nombreux, à mesure que se propageait l’étude et que se répandait la connaissance des œuvres et monumens du passé. Le grand développement que prit, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’école des recherches archéologiques et historiques, la ferveur avec laquelle se ranima le culte de la foi et de la tradition nationales ne purent qu’étendre et aviver la faveur dont le Nô était l’objet. Si peut-être, lors de la révolution de 1853-1868, et pendant les quelques années où l’engouement du nouveau Japon pour l’Occident condamnait à un passager discrédit certaines formes, œuvres et institutions d’autrefois, le Nô parut provisoirement délaissé, il ne tarda pas, après une brève éclipse, à retrouver ses fidèles.

Aujourd’hui le Nô est plus que jamais l’objet de prédilection du public cultivé. Les représentations de Nô sont assidûment suivies à Tokyo, à Kyoto et dans d’autres villes encore. Les éditions des vieux textes (paroles et musique) se sont multipliées, surtout depuis une dizaine d’années. Une librairie de Tokyo, la librairie Wanya, s’est spécialisée en ce genre. Une