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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/106

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Par contre, les hommes de service autour du palais ne se montraient guère consciens de leur devoir : ils fumaient, s’asseyaient, causant avec les passans et relevant le poste sans la présence d’un des sous-officiers de service. »

Révolutionnaire connu, exilé en Sibérie à la suite des événemens de 1905, le lieutenant Kosmine a été appelé par le nouveau ministre de la Guerre au commandement des troupes de l’arrondissement militaire de Pétrograd. Il possède un haut sentiment de ses responsabilités. On attend beaucoup de lui.

« J’exige, écrit-il dans son ordre du jour, que tous les officiers soient toujours à leur poste ; que les exercices soient dirigés par le commandant de bataillon en personne et que les soldats les considèrent non comme une plaisanterie, mais comme un sérieux devoir.

« Il est temps de recommencer le travail d’ensemble et de réorganisation qui, seul, peut sauver la Russie et nous conserver la liberté si durement conquise 1 »

Aussitôt son ordre du jour publié, le ministre Kérensky est allé porter sur le front sa parole convaincante et y exercer son apostolat patriotique. M. Albert Thomas l’accompagne. Notre ministre des munitions se dépense ici sans compter : discours à Pétrograd, discours à Moscou, discours sur le front — souvent même plusieurs dans la même journée ! — Quelques jours se sont à peine écoulés et déjà les résultats de cette œuvre bénéfique se font sentir. Les nouvelles du front arrivent meilleures.

« Je suis dans la tranchée, nous écrit un officier du front ; eux sont à quatre-vingts pas. Dans la journée on est assez tranquille ; mais, le plus souvent, ils nous envoient de « petits cadeaux » avec des crapaudines et des lance-mines. Chaque jour mon abri est régulièrement détruit. La nuit est plus calme. En attendant nous retroussons nos manches ! (nous nous préparons à l’offensive.) Je ne vous ai pas dit que je fais partie d’un détachement de « frappeurs » qui, vous le savez sans doute, correspond à la phalange de Mackensen ? Nous n’y sommes que deux de notre régiment. Nous avons vu les fraternisations ; mais peu de notre côté. Actuellement, c’est fini, Dieu merci !… Nous avons reçu enfin des renforts. Il était temps, c’était un vrai cauchemar. J’espère que vous ne tarderez pas à entendre parler de nous !… »