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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/711

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public : mais la littérature ?… Dans sa façon d’examiner ce problème, si angoissant et qui n’a pas fini de l’être, Banville suit son idée romantique. Et d’abord il daube le bourgeois. « Je partage avec les hommes de 1830 la haine invétérée et irréconciliable de ce qu’on appelait alors les bourgeois… « Ce n’est pas le tiers-état, remarque-t-il ; et on le sait bien. « Aussi ne devra-t-on pas s’étonner que j’aie traité comme des scélérats des hommes, fort honnêtes d’ailleurs, qui n’avaient que le tort — et il suffit ! — d’exécrer le génie et d’appartenir à ce qu’Henri Monnier a justement nommé la religion des imbéciles. » Cette profession de foi est du Commentaire aux Odes funambulesques : on la retrouvera, et tant qu’on voudra, dans les Critiques, où il raconte la « liaison » de M. Scribe et de la Bourgeoisie, où Daumier l’aide à peindre le bourgeois, « sa sottise, sa banalité démesurée, son nez au vent, ses chapeaux tuyau de poêle, ses ventres pointus, ses jambes grêles et quelque chose de surnaturel et de divin, marqué dans chaque pli du vêtement, dans chaque ligne du visage et qui est : la haine du Beau ! » Tranquille, ce bourgeois, sûr de ses doctrines, sûr de ses appétits ? Que non ! Le bourgeois de Banville et de Daumier sort des révolutions et frissonne : « Ce que Corot fit pour les arbres, pour le chêne, pour le mélèze et pour le peuplier qui tremble, Daumier l’a fait pour ses bourgeois… » Et Banville a grand soin de répéter que le bourgeois qu’il abomine, ce n’est pas le laborieux bonhomme qui, depuis des siècles, « travaille pour la liberté ; » c’est le hideux personnage à qui l’on a dit : « Enrichissez-vous ! » et qui n’a pas d’autre souci. Bien entendu ! Seulement, il est malaisé de trier les bourgeois et d’y choisir pour amis excellens les amis des beaux-arts. Très malaisé ; si malaisé qu’en définitive Banville, sur le point de convoquer un public autour des poètes, s’adresse au peuple. En définitive, c’est au peuple qu’il accorde sa confiance. Et pourquoi ? c’est que le peuple n’a pas encore trahi la confiance des poètes. Vraiment, c’est qu’il n’a guère été en relations avec les poètes, depuis les temps si reculés où il nous plaît d’imaginer la vie à notre guise. C’est aussi que « le peuple » est une façon de dire assez vague et, en tout état de cause, le peuple une multitude assez vaste et amplement inconnue, pour que nulle hypothèse à lui relative soit fausse.

Banville compte sur le peuple. Pierre Dupont, s’il a compté sur le peuple, ce n’était pas la peine de se ganter paille ou gris perle. D’ailleurs, on l’a connu, chansonnier célèbre, qui portait la barbe longue, et longs ses cheveux épars « et le vêtement fièrement dé-