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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/241

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inclinations socialistes, ont tressailli à ce réveil d’un « égoïsme sacré » que certains de leurs amis se flattaient d’avoir tué avec M. Salandra. Pendant toute une séance, ils ont boudé le Conseil, et n’y ont point paru. On s’est imaginé que la crise allait s’ouvrir, et qu’en Italie comme ailleurs, allait être discutée « la revision des buts de guerre. » Et, de fait, la crise s’est ouverte, ou, plus exactement, il y a eu comme une crise larvée. Mais, quand elle s’est résolue, MM. Bissolati, Bonomi et Comandini sont demeurés dans le ministère ; c’est le ministre de la Guerre et le ministre de la Marine qui sont partis, sans compter que M. Arlotta est devenu haut-commissaire italien aux États-Unis, pour permettre le remembrement des Travaux publics, par les soins d’un technicien éminent, M. Ricardo Bianchi, et que le général Dall’Olio a été, de sous-secrétaire d’État, promu ministre titulaire des Munitions.

MM. Bissolati, Bonomi et Comandini étaient au début de la crise, durant son cours ils disparaissent, et ils n’y sont plus à la fin : c’est pour eux res inter alios acta. M. Sonnino l’a traversée comme eux, mais tout droit, impassible, intransigeant, bien qu’au fond elle ait été suscitée contre lui. N’est-ce pas lui en chair et en os, la « diplomatie secrète, » et n’est-ce pas lui l’ouvrier opiniâtre, silencieux, énigmatique, de « l’égoïsme sacré, » qui travaille sans cesse et ne livre à personne les mystères de son métier ? Seulement, le sens politique est si fort en Italie, que ceux mêmes que cette attitude en apparence dédaigneuse blesse ou irrite, ne perdent jamais de vue, fût-ce aux heures troubles, les conditions de la vie et de l’action. Ils savent, ils sentent, que, s’il n’y a plus de secret, c’est qu’il n’y aura plus de diplomatie, et que, s’il n’y a plus d’égoïsme sacré, c’est qu’il n’y aura plus de nation. La vie nationale suppose l’égoïsme national, comme l’action diplomatique suppose le secret : ce sont des Italiens qui ont trouvé les deux formules. Des masses ignorantes ou des peuples tout neufs peuvent imaginer le contraire, et c’est bien simple, mais c’est trop simple. Pas un Italien ne les en croira. La science et l’instinct se rebellent également contre cette chimère. M. Boselli, bien qu’il passe pour être teinté d’un peu de romantisme politique, a sûrement dégagé l’intime volonté de tous ses compatriotes, en disant, le 20 ; à la Chambre : « Sans la victoire, aucune classe sociale, et le prolétariat moins que toutes les autres, ne pourrait espérer un avenir de progrès et une vie heureuse. Personne ne peut ne pas souhaiter de tous ses vœux la paix, mais ceux qui la voudraient sans la complète libération nationale voudraient une paix impossible, renieraient leur qualité