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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/236

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leur morale. Juriste et puritain, homme par-dessus tout, citoyen non plus seulement des États-Unis, mais du monde, remuant chez ses concitoyens les fibres les plus intimes, évoquant toutes les puissances de leur passé et de leur présent, il dresse contre le crime, contre le Mal, la nation de Washington et de Lincoln.

Mais nous, aucun danger ne nous a-t-il menacés et n’y avait-il rien à nous dire ? Avouons franchement que si ; qu’il pouvait y avoir pour nous un danger qui viendrait de nous, qui serait en nous ; non certes le découragement, encore moins la défaillance, mais la fatigue ; une espèce de détente de nos nerfs trop violemment et trop longtemps tendus. La France a donné dans cette guerre un éclatant démenti à tout ce qu’on avait jadis pensé et écrit d’elle, et qui pourrait se résumer dans le fameux aphorisme, que « le Français est plus qu’un homme dans le premier assaut, et moins qu’une femme dans le second. » Elle a montré, suivant une expression heureuse, sur la Marne, qu’elle avait conservé l’élan ; à Verdun, qu’elle avait acquis la patience. Elle a fait plus qu’une flambée, un feu qui dure depuis trois ans. Mais quoi ! Comme le remarquait le maire de New-York, il y a « trois ans qu’elle saigne. » Trois ans que la France de l’arrière souffre de la France du front qui saigne, de ses dix départemens envahis, de la misère de leurs exilés, de la ruine de ses monumens, de ses maisons, de ses jardins, de ses usines, de ses mines, de ses champs, du meurtre des hommes et des choses. A quoi bon vouloir le cacher ? Jamais, pour plus de sang, ni pour plus d’épreuves, plus de pleurs ne furent permis. Sans doute, il y avait quelque chose à nous dire, et M. Viviani l’a dit éloquemment. Il a éloquemment traduit la pensée essentielle, la pensée de continuité et de perpétuité, qu’on eût voulu inclure dans l’ordre du jour de la Chambre ; et c’est « qu’il n’y a pas de paix sans victoire, à moins que nous n’abandonnions le respect de nos tombeaux, le respect de nos berceaux, et que, par un rythme barbare qui se renouvellera tous les trente ans, nous permettions à nos fils d’aller reprendre sur le champ du combat la place où leurs pères sont tombés. »

Voilà ce que nous refusons de permettre. « La paix sans annexions et sans contributions, » insinuent le Soviet de Pétrograd et, derrière lui, les Germains, germanisans ou germanophiles plus ou moins masqués, qui tirent les ficelles de la faction « maximaliste. » Comme l’appel de M. Wilson, la note du gouvernement français et la note du gouvernement britannique répondent : Pas d’annexions et pas de contributions, soit ; « la France ne songe à opprimer aucun peuple, ni