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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/234

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venir en Europe prendre part à la défense du droit odieusement violé et de l’humanité honteusement outragée, est arrivé avec de nombreux officiers. Dans les rues, la population de Paris, et la France entière, par ses représentans dans les deux Chambres, ont rendu aux États-Unis, en sa personne, l’hommage que leur doivent ici tous les cœurs. Il n’est personne parmi nous qui n’ait été profondément ému en lisant le récit des manifestations par lesquelles avaient été accueillis en Amérique, à côté du maréchal Joffre devenu le vivant symbole de la France en armes, arrêtant les Barbares sur la Marne, M. Viviani, l’amiral Chocheprat et les autres membres de la mission. Journées inoubliables où reverdissaient et se vivifiaient de chers et glorieux souvenirs, vieux de plus d’un siècle ; où, sous les auspices de George Washington et du jeune La Fayette, se renouait l’alliance nécessaire et presque fatale, comme voulue, dès l’origine, par le Destin, la belle alliance fondée, dans la foi commune au même idéal, par l’échange de deux grands amours désintéressés. Entre la France et les États-Unis, il n’a jamais été question de dette ni de reconnaissance ; il ne s’agit pas de savoir ni qui a donné le premier, ni qui a donné le plus : chacun a tout donné à l’autre, puisqu’il se donne. Des services du genre de ceux-là ne se paient pas, ils se restituent, ils renaissent, ou plutôt ils continuent, se retrouvent et se renouvellent en se retournant.

Quelle joie, aujourd’hui, et quel orgueil de saisir, dans toute l’étendue de sa puissance, avec toutes les nuances de sa délicatesse, le sentiment qui pousse la libre Amérique vers nous ! Et comme elle se plaît elle-même à l’analyser pour en jouir ! M. Viviani, dans la vibrante harangue qu’il a prononcée à la Chambre des députés, le 14 juin, en présence du général Pershing, n’a pas manqué de rappeler un mot qui contient toute une psychologie du peuple américain pendant la guerre, ce mot de l’ancien ambassadeur de la Confédération à Londres, M. Schoot : « Nous vous avons toujours aimés ; après la Marne, nous vous avons admirés ; depuis Verdun, nous vous respectons. » Et cet autre mot du maire de New-York, disant un peu rudement à ses compatriotes : « Courbez donc la tête, car il y a trois ans que la France saigne pour vous ! » C’est un point que tous ceux qui reviennent d’Amérique ont fixé. Les États-Unis voient, dans cette guerre, le genre humain à travers la France. L’idée, qui s"est faite obsédante dans les derniers mois, de la France combattant et s’immolantpour les causes les plus généreuses à la fois et les plus générales qu’une nation puisse servir, pour l’honneur de sa signature,