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Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 33.djvu/483

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REVUE. — CHRONIQUE. 479

qui est des principes sacrés de l’humanité, — des principes, entendons-le bien, — l’Allemagne y attache autant de prix que personne. Tout le mal vient de l’Angleterre, et les États-Unis eux-mêmes ne sont pas sans reproche. Si les États-Unis avaient écouté l’Allemagne, ils auraient pu « réduire au minimum pour les voyageurs et les biens américains les dangers inhérens à la guerre navale. » Ils n’avaient qu’à obliger l’Angleterre, puisque l’Allemagne n’est pas maîtresse de la mer, à renoncer au blocus, à lui livrer le passage, à neutraliser complètement la mer. Ils n’avaient qu’à empêcher l’Angleterre « d’affamer des millions de femmes et d’enfans allemands dans le dessein avoué de contraindre à la capitulation les armées victorieuses des Puissances centrales. » L’indulgence, la partialité, l’injustice des États-Unis ont aggravé, par conséquent, « cette guerre cruelle et sanglante. » Il ne manquerait plus que, par leur faute encore, elle fût « élargie et prolongée ! » Cet horrible souci empoisonne la conscience de la triomphante Allemagne. Parce qu’elle est triomphante, rien ne lui interdit d’être généreuse. Et voici, peut-être, la phrase pour laquelle tout le reste est écrit : «Le gouvernement allemand, conscient de la force de l’Allemagne, a annoncé, deux fois dans l’espace des quelques derniers mois, qu’il était prêt à faire la paix sur une base qui sauvegardât les intérêts vitaux de l’Allemagne. » Ah! si les États-Unis le voulaient! Si le Président comprenait!... C’est là, bien plus que sa conclusion qui n’est pas une conclusion, ce qui mérite de subsister de cette réponse qui n’en est pas une. L’Allemagne s’abstiendra si... Elle donnera des instructions, pourvu que... Ergotage et verbiage, du vent. Mais écoutez ce cri, cet aveu, ou ce soupir : la paix! Diplomatiquement, la soi-disant réponse allemande n’est qu’un mémoire de procureur; psychologiquement, elle est une révélation. L’Allemagne et son Empereur sont pleins de précipices. A la lecture d’un si lourd et perfide, plat et cauteleux factum, M. Woodrow Wilson aurait eu le droit de réfléchir, et même d’hésiter. Quatre partis lui étaient offerts : céder, rompre, discuter, attendre. Les « gros malins » de la Wilhelmstrasse l’invitaient à une conversation, avec la Grande-Bretagne en tiers. En somme, ce qu’ils lui demandaient, c’était de renvoyer à l’Angleterre, comme à sa véritable adresse, la note des États-Unis au gouvernement impérial ; d’être auprès d’elle leur interprète, leur commissionnaire ; de renverser l’échelle des valeurs morales et de placer sur le même degré, de frapper de la même réprobation la guerre maritime conforme au droit et l’assassi-