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Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 33.djvu/474

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4-70 REVUE DES DEUX MONDES.

côte britannique, de Lowestoft à Yarmouth, lâchait quelques coups de canon, puis, accrochée par les forces, médiocres, de la défense locale, s’échappait et montrait sa légèreté en filant au bout de vingt minutes de combat, dans la crainte d’une plus mauvaise rencontre et d’un pire destin. Presque en même temps encore, voici le mélodrame ou le roman-feuilleton. La scène se passe à Tralee-Bay , sur la côte Sud-Ouest d’Irlande. On voit rôder un sous-marin, qui a l’air d’escorter un second navire. Ce second navire, pour inspirer plus de confiance, louvoie tranquillement sous une honnête et candide figure de caboteur hollandais. Ils avancent tout doucement, à petite vapeur, le corsaire au pas du marchand, comme des gens qui ne porteraient vraiment que des harengs dans leurs barils. Là-haut, en pleine mer du Nord, une patrouille anglaise les a « arraisonnés, » leur a demandé leurs papiers ; ils en ont présenté de si parfaitement en règle qu’ils ont été invités à passer, avec un salut. Le capitaine n’a pas fini d’en rire, lorsque, ayant brusquement piqué au Sud, il arrive en vue de la verte Erin. Soudain, un coup de semonce, « par le travers de l’avant du hollandais. » C’est d’autant plus sérieux qu’il va être procédé à la visite du bâtiment suspect. Il faut avouer que le bâtiment n’est pas hollandais, mais allemand ; que ses vingt hommes d’équipage sont allemands; que ses officiers sont allemands; que sa cargaison, — 20 000 fusils de guerre, des mitrailleuses et des munitions, — est allemande; bref, que ses desseins sont allemands. Tandis qu’ayant reçu l’ordre de suivre jusqu’au port de Queenstown la vedette qui l’a capturé, le faux hollandais, auquel on ne saurait du moins refuser le courage, arbore enfin son drapeau et bravement essaie de se couler, on rattrape deux hommes qui s’enfuyaient dans un canot pliant, et dont l’un ne tarde pas à confesser qu’il est sir Roger (Jasement. Dès son début, l’équipée tourne court : Feringhea a parlé ! Nous n’avons point l’intention d’entreprendre une longue biographie de sir Roger Casement : ce n’était hier qu’un intrigant, mêlé à des affaires louches, traînant en pays étranger les titres qu’il avait emportés du sien, et le reste de crédit que lui avaient laissé ses anciennes fonctions ; c’est maintenant quelque chose de plus, ou quelque chose de moins ; il réglera son compte avec le lord-chief justice, et le règlement sera sans doute sévère, puisque lui, il n’a pas même, dans son crime, cette dernière excuse d’être Allemand. Au surplus, l’aventure de sir Roger ne serait qu’un épisode sans intérêt, si elle n’avait servi à découvrir, dirigeant le complot et tirant les ficelles, la main de l’Allemagne. Trois jours auparavant, le vendredi