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er septembre, à mesure que le conflit se développait. Sans doute, les 

différences de forme n’emportent pas nécessairement d’irréductibles différences de fond, entre États qui ont déclaré et États qui n’ont pas déclaré officiellement leur neutralité ; et sans doute il serait téméraire d’en déduire une différence probable d’attitude et d’action. C’est pur hasard (mais le hasard est parfois plein d’apparente logique) si la neutralité de fait, dont se couvrent certaines Puissances qui appartiennent au second groupe, a paru, à plus d’une reprise, avoir quelque chose d’hésitant, ou même de précaire, et comme de suspensif.

Les procédés de l’Allemagne ont mis à une rude épreuve les neutralités même les plus mûrement délibérées et les plus solidement assises, déjà soucieuses, pourquoi le nier ? des difficultés inhérentes à une pareille guerre, et qu’aucune attention n’était capable de leur épargner tout à fait. Quand la moitié de l’humanité s’entretue, il est ’ impossible que l’autre moitié n’en souffre pas et s’en tire sans une écorchure. On aura beau dire que ce serait son droit : il suffit de répondre que c’est impossible. Mais cela n’est vrai que d’une part de contrainte et de gêne inévitable, d’un minimum de mal, d’un mal que, précisément, les neutres ont le droit de voir réduire et que les belligérans ont le devoir de réduire au minimum, qu’en tout cas il est à la fois absurde et criminel d’aggraver. Or, du blocus à la torpille, il y a toute la distance de ce minimum inévitable au paroxysme qui pourrait et qui devrait être évité. Peser au même poids et mesurer à la même mesure ceux qui recourent au blocus régulier et ceux qui usent de la torpille contre des passagers inoffensifs, est une idée qui ne serait venue à personne, voilà seulement deux ou trois ans, lorsqu’il y avait encore un droit international. Il est vrai que les Allemands soutiennent qu’il y en a toujours un, mais que, comme il n’a pas déterminé les conditions de la guerre sous-marine, cette guerre étant restée hors de ses prescriptions, rien de ce qu’on s’y permet ne peut être contraire au droit, et tout, par conséquent, peut lui être conforme. Ce sont de beaux raisonnemens, et on les reconnaît bien là ! Mais une heureuse rencontre veut que trois des chefs d’État ou de gouvernement des Puissances neutres, M. Woodrow Wilson, Président de la République américaine, M. Hammarskjold, président du Conseil des ministres de Suède, et M. Cort van der Linden, premier ministre néerlandais, soient justement des spécialistes réputés, des maîtres du droit international : il sera malaisé de leur faire accepter cette théorie, où, par une manière de conciliation paradoxale, les