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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/98

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« Cette erreur ne dérive que pour une faible part des plus vieilles histoires, mais l’opinion des Français s’appuie du fait (confirmatur) que nous-même partageons cette erreur (quod nos ipsi quoque id idem falso putamus) et que la plupart d’entre nous (ex nostris PLERIQUE) sont plus favorables au royaume de France qu’à l’empire romain ou germanique (plus Gallico quam Romano aut Germanico favent). Maintes fois, en effet, des demi-Français (semigalli oratores) sont envoyés en ambassade par les nôtres aux rois de France, et bien reçus par les Français, ils ont coutume de s’entendre avec eux et de les favoriser (assentare solent eis, et favere), dans l’espoir que si les rois de France s’emparent de nos territoires, ils acquerront, sous leur domination, plus d’honneur et de dignité qu’ils n’en peuvent espérer sous les aigles impériales.

« Quant à moi, dit Wimpheling, l’amour de votre ville et de la république me pousse à faire la preuve (s’il plaît à Dieu) que jamais ni Strasbourg ni les autres cités rhénanes n’ont été soumises aux Français. »

Il revient plus loin à ces demi-Français qu’il prétend démasquer et confondre :

« C’est à bon droit, dit-il, que votre ville et toute la patrie des Helvètes ou des Alsaciens s’attache à la liberté romaine et la défend, refusant de tomber dans la suspecte servitude des Français (suspectam Gallicorum incidere servitutem) dans laquelle certains porte-parole demi-Français (semigalli quidam oratores), pour ne pas dire des traîtres à la patrie, se féliciteraient de pouvoir vous pousser en fomentant la désobéissance au roi des Romains. Ils n’agissent pas autrement que jadis Pierre de Hagenbach, quand il voulait réduire cette ville sous la domination du duc de Bourgogne. »

Cette comparaison est significative. P. de Hagenbach, à raison des excès qu’il a commis, est devenu une sorte de croquemitaine de l’Alsace de Hanstrap, comme on a dit là-bas, un personnage odieux, malfaisant entre tous. On les craignait donc bien, ces partisans de la France, pour les assimiler à un tel personnage.

Pour leur donner le coup de grâce, Wimpheling affirme que la descendance de Charlemagne se survit dans les maisons de Bavière, de Saxe et d’Autriche, tandis qu’en France elle a été évincée par un duc, Hugues Capet, sorti d’une famille de bouchers. C’est le dernier mot du factum.