Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/942

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


manifestes d’un réveil du génie musical. Tâchant à secouer l’influence d’un art dont les aspirations « révolutionnaires » s’étaient décidément trouvées au-dessus de leurs forces, un groupe de jeunes compositeurs ont essayé là-bas, — de la même façon que l’essayaient, chez nous, d’autres jeunes hommes pareillement désabusés du rêve « wagnérien, » — de créer une musique nouvelle dont l’allure plus simple et les visées moins hautes leur permissent de développer plus à l’aise leur talent personnel. Grâce à eux, il n’est pas douteux que la musique d’outre-Rhin a tout récemment recommencé de vivre, au sortir d’une longue période où ses plus chauds admirateurs ne pouvaient s’empêcher de la tenir pour morte. Mais précisément le spectacle de cette résurrection aurait de quoi prouver, avec une clarté saisissante, à quel point la vitalité artistique de la race s’est appauvrie et rabaissée presque d’année en année, pendant que s’accroissait sa prospérité politique et sociale. A coup sûr l’œuvre d’un Max Reger ou celle d’un Richard Strauss attestent des qualités de science technique et d’exemplaire adresse professionnelle qui leur valent de figurer parmi les productions les plus remarquables de la musique européenne depuis un quart de siècle : mais à supposer même que, chez M. Reger, l’imitation de Bach, celle de Berlioz et des musiciens russes chez M. Richard Strauss s’entremêlent chez eux d’un certain élément d’originalité, combien cet élément est mesquin et vulgaire, combien médiocre en comparaison de la note personnelle d’un Weber ou d’un Schumann ! Oui, c’est en vérité une âme bien médiocre qui se reflète à nous dans l’œuvre des deux ou trois musiciens dignes d’être considérés comme les derniers interprètes de l’admirable génie musical de l’Allemagne ; et je ne sais point de leçon plus instructive que celle qui résulte pour nous du contraste entre l’ancienne âme allemande, telle que l’épanchaient devant nous les « confidences » immortelles d’un Mozart ou d’un Beethoven, avec l’âme allemande que nous entendons s’exprimer aujourd’hui dans les savantes, — et parfois amusantes, — plaisanteries musicales de l’auteur de Till l’Espiègle et de la Symphonie domestique.


Sans compter que l’on chercherait vainement, en dehors de la musique, un autre art où s’exprime à un degré quelconque cette nouvelle âme du peuple allemand. Tout au plus en découvrirait-on une image tristement déformée, — ou du moins je veux le croire, — dans ces créations monstrueuses de l’architecture d’outre-Rhin dont l’existence s’est un jour révélée à moi, il y a quelques années, sous