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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/918

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quelle tristesse au moment de partir ! Nous étions désolés de quitter notre ville natale et notre maison, et toutes nos choses bien-aimées et nos bêtes ; nos pauvres chiens qu’il a fallu laisser !… » Semblable, sans le soupçonner, au sire de Joinville qui, quittant son « chastel, n’osait oncques tourner la face devers lui, de paour d’avoir trop grant regret…, » la gentille Alsacienne conclut :

« Enfin, nous nous efforcions de ne pas penser à tout cela, mais de nous dire que, plus tard, nous pourrions rentrer dans notre cher Mulhouse qui sera, alors, vraiment français pour toujours !… » Mieux que tous les commentaires, de telles phrases nous révèlent le cœur de nos enfans. Elles ont de quoi ravir et honorer leurs parens…

Et, maintenant, après avoir lu ces récits, convient-il d’en tirer une conclusion psychologique ? Pourquoi non ? Le mot est bien lourd pour une chose bien frêle ! Ce n’est pas mon avis. Nos enfans, pendant la grande guerre, ont pensé ainsi. Fallait-il qu’on le sût ? Il me l’a semblé. Les bambins et bambines d’aujourd’hui seront les hommes et les femmes de demain ; dans leurs âmes puériles, en train de se former, j’ai cru que l’on aurait plaisir à respirer le parfum des qualités qui sont l’honneur de notre race, et que notre La Fontaine résumait en ce vers délicieux :

Le bon sens est, chez nous, compagnon du bon cœur.


H. CELARIE.