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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/914

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voulait, il me donnait une gifle… Presque tous les jours, je rentrais en pleurant à la maison. Ce n’était pas comme ça du temps de M. le curé ; il était bien plus gentil… »

Pénétrons, à présent, dans la vieille cité rémoise, « la parure de la France, » disait La Fontaine.

Demandons aux enfans de la ville martyre ce que les Vandales en ont fait :

« C’est le 19 septembre, à trois heures de l’après-midi exactement, qu’une bombe a incendié l’échafaudage de la cathédrale. On a entendu un long sifflement semblable à celui d’un chien hurlant à la mort, suivi d’un éclatement. Les braves pompiers ont fait des efforts désespérés pour aller, sous les bombes, éteindre les commencemens d’incendie ; mais, bientôt, la toiture a brûlé ; toute la cathédrale a été entourée de flammes… Des blessés allemands étaient encore dedans. On les entendait pousser des cris de damnés pour qu’on les sorte de cette fournaise… Vers quatre heures, les obus cessèrent de tomber. La cathédrale brûlait toujours. Grand nombre de personnes regardaient l’incendie. On pleurait. C’était triste, mais c’était beau ; le cuivre des toitures donnait des lueurs vertes aux flammes, la cathédrale était tout éclairée en rouge vif, à l’intérieur, par le feu ; et, il y avait, aux fenêtres, des colorations de toutes sortes produites par les vitraux : bleues, rouges, jaunes, violettes… et les statues des portails, éclairées par les grandes flammes, avaient l’air de remuer ; on aurait dit qu’elles devenaient vivantes… on aurait voulu ne pas regarder et on ne pouvait. C’était magnifique ; on ne pouvait pas en détacher ses yeux ; pourtant c’était bien triste, parce que la cathédrale était le plus beau monument de la ville… Nous avions bien peur qu’elle ne s’écroule ; mais, heureusement, il n’en fut rien… Elle n’a plus de toiture, plus de stalles. Les vitraux sont cassés et les statues ; le beau carillon, qui chantait si bien, est fondu ; le bourdon ne sonnera plus ; mais, quand les Allemands seront chassés, nous irons chanter le Te Deum dans ses ruines.

Depuis le début de la guerre, le petit Henri B… n’a pas quitté Reims ; les détails du bombardement, il s’en souvient et comme il a une foi très vive : « Nous, nous n’avons pas eu trop de victimes dans notre quartier, car sainte Geneviève nous protège… En décembre pourtant, il y eut de forts bombardemens ;