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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/909

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mettent du piment… Vers le soir, je les ai vus qui faisaient leurs prières ; ils se mettent sur trois rangs et ils prient, assis sur leurs talons, parce que leur religion n’est pas du tout la même que nous autres. Dans leur pays, on ne connaît pas le bon Dieu… Ils croient que leur religion est meilleure que la nôtre… Ils disent que nous sommes impurs, que notre ombre même est impure ; ils ne veulent pas que nous entrions dans leurs cuisines ; même leurs officiers anglais n’ont pas le droit d’entrer parce qu’ils souilleraient tout… »

Ainsi que les Indiens, les Sénégalais ont excité la curiosité publique :

« Quand sont arrivés les premiers Turcos, les petits enfans avaient peur, dit une écolière d’Aix-en-Provence ; ils se cachaient dans les jupes de leur mère. Pourtant, quand même qu’ils sont noirs, ils sont de beaux hommes, grands, forts ; d’ailleurs, ils sont d’un beau noir… Quand ma petite sœur a su qu’on allait les loger dans des casernes, elle a dit : « Mais alors, ils vont salir tous leurs draps !… » cette naïveté a dû divertir la jeune Aixoise ; on s’en est égayé dans sa famille, certainement, et, dans le récit qu’elle en fait, sonne encore le grelot léger de son rire.

« Ils sont très laids, reprend une autre ; ils ont de grosses lèvres, un nez écrasé ; ils ont une façon de parler très drôle. Quand ils sont satisfaits, ils disent : « Y a bon ! » et, pas satisfaits : « Y a pas bon !… » Malgré qu’ils sont si laids, il faut les admirer, car ils se battent comme des lions… Ce sont de drôles de gens, mais ils sont très sympathiques ; ils rient toujours, même quand ils parlent de leurs blessures ; ils se languissent de repartir pour combattre les Prussiens… »

Voyons, maintenant, les choses gentilles qu’a trouvées, sur nos alliés, un petit Havrais. Je crois qu’on ne peut les lire sans une surprise attendrie. Comme on en jugera, sans doute, il aurait été dommage que ces impressions tombent dans la nuit de l’oubli :

« Voici les Anglais qui arrivent ! On les entend de loin ; on les reconnaît à leur musique étrange. Tout le monde veut les voir passer.

« Les Anglais ! les Anglais ! » crient les petits, en se bousculant pour être au premier rang.

« Qu’ils sont nombreux ! » disent les grandes personnes.