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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/905

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demande : « Qui est-ce qui veut boire ? » Et nous, on lui répond des injures, en patois lorrain…

Voyez-vous cette malice ?

« Il ne comprend pas ; il voit que nous nous moquons de lui, et il est vexé… »

En Allemagne, à Landau, où nombre de civils ont été internés :

« Voilà que nous voyons des baraques en planches au milieu d’un terrain de manœuvres ; ces baraques étaient gardées par des soldats allemands. Il fallut aller dans ce camp de baraques ; avant d’entrer, nous fûmes tous comptés cinq fois… La nourriture de ce camp était ainsi : le matin, café très clair, fait avec de l’orge grillée, sans sucre. A midi, soupe au riz ou à l’avoine ; le vendredi, riz cuit à l’eau, avec de la gelée de pomme. Le soir, café comme le matin… On nous donnait aussi une petite tartine de pain, pire encore que le pain K. K… Il était plus noir que du pain d’épices, et si gluant que quand, pour s’amuser, on le jetait contre le mur, il restait collé après… On était tous malades des coliques qu’il nous donnait… »

Pourtant, ce pain rebutant, nos soldats prisonniers, qui meurent de faim, le mendient au passage :

« Quand ils allaient travailler, ils tendaient les mains vers nous, et quand les soldats allemands ne nous regardaient pas, nous leur en donnions de petits morceaux… »

A Amberg, raconte un petit garçon :

« On a vu nos soldats passer, attelés dix par dix de chaque côté du timon d’un gros chariot empli de pierres pour les routes, et, avec un fouet, les Allemands tapaient sur eux quand ils n’avançaient pas assez vite, et ça nous donnait envie de pleurer… »

Mais, pour nos réfugiés, la longue suite de leurs malheurs touche à sa fin. Ils quittent l’Allemagne, arrivent en Suisse :

« On ne voyait que neige et grands précipices couverts de sapins ; tout cela était admirable, » écrit, enthousiaste, la petite Reine X…, qui, jusqu’ici, ne connaissait que son village, bâti sur la rivière d’Aisne, « et des petits chalets, et des torrens, qui descendent des montagnes, et beaucoup de tunnels… »

Toutefois, plus longuement que sur le pittoresque du pays, nos voyageurs puérils s’étendent sur la réception qui leur y fut faite :