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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/904

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aux petites filles, des musiques aux petits garçons et, à tous, du chocolat et des gâteaux et je n’avais plus peur et nous leur en demandions toute la journée et ils nous en donnaient… Dans ces hommes, il y en avait des bons et des mauvais : c’est comme les doigts de la main ; on en a cinq et ils ne se ressemblent pas… »

« Beaucoup aussi avaient des petites filles et des petits garçons comme nous, chez eux. Ils auraient bien voulu être à côté d’eux, aussi ils nous disaient :

« — Malheur, la guerre ! Malheur !

« Et ils demandaient la paix… »

Les Allemands décident d’envoyer ces pauvres gens en Allemagne. Suivons nos enfans dans leur odyssée. La plupart n’ont jamais encore quitté leur village. En d’autres circonstances, quelle joie ce serait pour eux, un voyage : on monte en wagon ; la locomotive siffle ; on glisse doucement sur les rails. L’horizon change, s’élargit. Les villages, les villes se succèdent. Comme la France est grande ! Comme elle est belle ! Bien plus qu’on ne se l’imaginait. Tout cela, et tout cela encore est la « terre-patrie. » Ah ! la chose merveilleuse qu’un voyage ! C’est un. enchantement… Hélas ! celui que vont nous décrire nos petits ne leur a laissé qu’un émoi douloureux :

« Les Allemands nous ont fait partir le 26 mars de Lisey… Nous arrivons à Montmédy, et nous voyons là nos pauvres soldats prisonniers. Mais comme ils sont sales ! Le pantalon rouge est presque noir de saleté. On leur fait faire « toute la plus sale ouvrage… » A peine osons-nous leur dire un petit bonjour, peur des officiers allemands qui sont là, et puis les dames allemandes de la Croix-Rouge viennent nous photographier. Quelle humiliation ! Nous avons notre paquet à la main ou sur le dos, et l’air bien triste… »

En Lorraine annexée, en Alsace, les exilés trouvent, au passage, une sympathie réconfortante :

« Les femmes, hommes et enfans, nous regardent passer : ils nous agitent leurs mouchoirs. Nous, on leur envoie des baisers. On dit : « Comme l’on voit qu’ils ont toujours le cœur français !… »

« Pendant tout le voyage, raconte un petit Lorrain, on ne nous donne ni à boire ni à manger. Un matin, vers trois heures, dans une gare, un monsieur vient avec un seau d’eau et nous