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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/895

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« — Ah ! mon Dieu ! les pauvres petits, les pauvres petits ! »

« Moi, nous confie un autre qui pense noblement, quand ils ont passé je me suis découvert, les larmes aux yeux, parce que leurs blessures sont glorieuses et reçues pour défendre la France… »

Ainsi que l’émouvant défilé des blessés, celui des réfugiés a apitoyé nos enfans :

« Je les ai vus arriver le 22 septembre 1914, vers quatre heures du soir. Il y avait beaucoup de monde pour les voir. Ils sont descendus du train. Les femmes avaient de pauvres petits enfans dans les bras et d’autres, plus grands, qui tenaient leur jupon. D’autres femmes pleuraient parce qu’elles avaient perdu leurs enfans en se sauvant. D’autres encore disaient :

« — Notre maison a été brûlée !… »

« Ils étaient bien tristes parce qu’ils n’avaient plus rien et qu’ils étaient mal habillés… »

Qu’on en juge par cette description qui ne manque pas de pittoresque :

« Une famille a passé près de moi. Le père avait sa casquette qui lui descendait jusque sur les oreilles. La mère avait un jupon d’une couleur et un corsage d’une autre et tout déteints… »

Quant aux enfans, que la fillette a surtout regardés, ce qui est naturel :

« Quelle misère ! s’exclame-t-elle. Je ne voudrais pas être à leur place. Le petit garçon était habillé avec des habits « donnés » trop grands pour lui. Son pantalon lui tombait sur ses chaussures ; ses souliers bâillaient et, par les fentes, on voyait ses bas ; il avait un vilain polo en laine rouge tout plein de poussière… »

Le cortège des traîne-misère se déroule : « ils avaient la figure tirée, car il y avait deux ou trois jours qu’ils voyageaient. Quand ils furent descendus, on les a emmenés à l’école des garçons pour-manger quelque chose et se débarbouiller… J’ai pensé qu’ils étaient bien à plaindre et qu’il faut être très bon pour eux… »

Pour la plupart des enfans réfugiés, les Allemands, malheureusement, ne sont pas des inconnus ; ils les ont vus, ils les ont subis. Quand j’ai voulu recueillir, sur l’occupation ennemie, les souvenirs de nos petits, la difficulté a été grande.