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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/894

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de l’Instruction publique qui les a envoyés en Serbie, car la Serbie est petite en nombre, mais elle est grande en courage, et elle n’a plus d’argent pour nourrir son peuple…

« Dans la cour, avant d’entrer en classe, nous avons tous crié : « Vive la Serbie ! » et nous faisions un tapage infernal… Quand nous entrâmes (en classe), le maître nous fit un petit sermon sur la Serbie ; il nous dit que les Serbes étaient un vaillant petit peuple qui combattait pour garder son indépendance. Ensuite, sur nos cahiers, nous fîmes le drapeau serbe et celui des alliés et le maître nous fit copier un résumé de l’histoire serbe et nous, de temps en temps, quelques petits hourras et des cris de : « Vive la Serbie ! » échappaient et le maître nous imposait silence avec le sourire… »

Ce tableautin est charmant de bonté, d’indulgence paternelle. Comme il est français, par cela même ! De l’autre côté du Rhin, aux écoliers turbulens, le maître « n’impose pas silence avec le sourire… » « L’après-midi, les petits arrivèrent avec des bouquets de fleurs ; puis, alors, on nous fit chanter, dans la cour, le Sambre-et-Meuse et on alla se promener avec, sur la poitrine, un joli petit drapeau serbe. Tout le temps, on criait : Vive la Serbie ! Vivent les Serbes, ce bon et vaillant peuple ! et ce fut une très belle journée… »

Passant du gai au triste, avec une fantaisie qui nous est permise, puisque nous nous occupons d’enfans, assistons, maintenant, à l’arrivée d’un convoi de blessés :

« Le spectacle qui m’a fait le plus de peine, depuis la guerre, c’est le débarquement des pauvres blessés. Ils reviennent avec la barbe et les cheveux longs, la capote pleine de boue, et même il y en a qui en ont jusqu’aux genoux… Aujourd’hui, j’en ai vu un, dont les cheveux lui descendaient devant les yeux et un autre à qui les dents « bougeaient » parce qu’il avait reçu un coup dans la figure… Les uns étaient blessés au bras ; les autres, aux jambes. Quelques-uns avaient les pieds gelés ou un bandeau tout sale sur la tête… Je les observais et je me disais, en moi-même :

« — Ces pauvres soldats ! comme ils doivent avoir enduré des souffrances pour être si pâles ! »

« En les voyant, beaucoup de mères pleuraient parce qu’elles songeaient à leurs fils qui sont dans les tranchées… Elles disaient :