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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/892

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tranchées. Le matin, au lieu d’un déjeuner chaud, il n’avait qu’un petit morceau de chocolat cru. Il est tombé malade… Je garderai toujours le souvenir de mon cher Louis. Il m’aimait bien ; il aimait sa patrie autant qu’on peut l’aimer. Je suivrai son exemple et, quand je serai grand, si ma patrie est en danger, je veux être courageux comme l’a été mon cher Louis… »

Le brave petit ! Qu’on aurait de plaisir à l’embrasser !… Nous voici en décembre. Dans nos écoles, les maîtresses, songeant aux fêtes qui approchent, disent en classe :

« Celles d’entre vous qui en ont le moyen, seront gentilles d’apporter quelques friandises ou quelques lainages ; nous les enverrons, pour la Noël, aux blessés dans les hôpitaux. » Dès le lendemain, entre les écolières, c’est une lutte généreuse. « Même celles dont les parens sont tout à fait pauvres, ont voulu donner quelque chose, » me dit Mme L… Mais laissons les fillettes nous décrire les préparatifs de ces cadeaux de Noël. Pas un de ces récits qui ne trahisse une affectueuse sollicitude pour nos blessés :

« Les années précédentes, à cette époque, je songeais au réveillon ; je pensais à ce que le bonhomme Noël mettrait dans mes souliers. Mais, cette année, les rôles sont renversés : ce sont les enfans de France qui veulent envoyer un cadeau aux soldats ; » et la petite trouve, en son cœur, cette pensée vraiment émouvante : « Alors, à l’école, nous avons travaillé ferme ; nous leur avons confectionné des vêtemens chauds pour les préserver du froid puisque nous ne pouvons les préserver des balles… »

Diligens, les petits doigts se mettent à l’œuvre :

« Tricoter une paire de bas pour la première fois, cela était un peu difficile ; mais en écoutant, en regardant, j’ai appris… Comme j’étais maladroite, j’ai souvent lâché des mailles ; comme on ne pouvait pas les relever, la maîtresse me défaisait mon tricot… J’avais envie de pleurer ; mais je ne me rebutais pas, car nos soldats ne se rebutent pas devant l’ennemi… J’ai mis deux semaines à faire cette paire de bas, et cela m’a paru deux ans… Il faut que les blessés soient heureux, très heureux le jour de Noël. J’ai économisé les petits sous de mon goûter pour leur acheter quelques friandises… D’ailleurs, nous pouvons bien nous priver un peu. Ils sont dans les tranchées boueuses ; ils reçoivent les balles de l’ennemi, ils souffrent bien