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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/848

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s’étaient, eux aussi, soigneusement abrités, et nous attendions tous avec philosophie que les artilleurs de la Garde en eussent assez pour reprendre nos occupations, momentanément interrompues ; ce fut l’affaire de deux heures ; après quoi, nous sortîmes prendre l’air et inspecter les lieux : les dégâts étaient, surtout, matériels, quelques maisons démolies, sans grand mal pour les habitans ou les soldats. Mais, mon pauvre « Ebrard » l’avait échappé belle ! Un gros obus, éclatant dans l’écurie où je le mettais habituellement, avait démoli le toit et le plafond dont les débris couvraient mon cheval ; par un hasard inouï, il n’avait pas la moindre égratignure, ce que je constatai avec joie, après l’avoir épousseté et débarrassé de tous les plâtras qui le saupoudraient, lui donnant un air ridicule encore accru par l’émotion de ce fâcheux contretemps. J’ai déjà dit que ce prodigieux animal était doué d’une résistance peu commune, et il m’en donna une fois encore la preuve, en dévorant toute son avoine, comme si rien ne s’était passé !

Les jours suivans, nous dûmes rester à la cave, par suite d’un bombardement peu nourri, mais continuel. C’est à ce moment-là qu’eurent lieu les attaques de Monchy par nos braves fantassins. A chaque fois, ils parvinrent aux fils de fer protégeant les premières tranchées ennemies : — deux compagnies pénétrèrent même dans le village ; cernées toute la journée, elles parvinrent à s’en échapper le soir et à regagner nos lignes ; — mais le feu des mitrailleuses allemandes arrêtait net toutes nos tentatives de franchir cette zone découverte. Trois jours de suite, nous renouvelâmes ces attaques sans plus de succès ; nos pertes furent sérieuses, mais les Allemands en avaient éprouvé de plus terribles, du fait de notre artillerie. Nous suivions la marche des attaques au téléphone ; c’était d’abord les ordres concernant leur préparation par l’artillerie ; puis, l’avance lente de l’infanterie et des sapeurs du génie qui devaient couper les fils de fer, bouleverser les barricades et les tranchées, à l’aide de pétards à la mélinite ; ensuite, le dispositif de l’attaque elle-même. Les minutes passaient, longues… et les nouvelles arrivaient, espacées, brèves… « Le feu de l’artillerie parait avoir causé de fortes pertes à l’ennemi. » — « L’attaque est partie à 16 h. 30. » — « Nos troupes sont à 50 mètres des tranchées ennemies ; à tel endroit, deux sections ont enlevé une barricade et sont