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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/847

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terribles, car nos aviateurs nous rapportèrent que les tranchées, entièrement bouleversées, étaient remplies de cadavres, et que, sur plus de 400 mètres en arrière, la terre était, positivement, cachée par les corps de ceux qui avaient, vainement, cherché leur salut dans une fuite impossible ! Et cela dura six jours, avec une petite ouverture matinale de quelques coups au grand concert du soir.

L’excitation produite par cette chose extraordinaire à laquelle nous assistions était telle, que les fantassins et les officiers sortaient des tranchées et se dressaient sur le parapet, à mi-corps, et même de toute leur hauteur, pour mieux voir le jour, les Allemands nous envoyèrent 8 shrapnells dont les balles tombèrent à un mètre de nous : ce n’est qu’aux trois derniers que nous nous aperçûmes que c’était sur nous qu’on tirait ! À ce moment, on nous eût permis d’aller en avant, que nous serions partis à l’assaut, armés simplement de nos revolvers !

Le mardi 27, je fus attaché comme agent de liaison au poste de commandement du commandant chef de l’artillerie de notre secteur. Il était installé à la mairie-école de Berles-au-Bois, qui avait vraiment l’allure d’un quartier général, avec ses fils téléphoniques partant dans toutes les directions et les nombreux officiers et estafettes allant et venant continuellement. Prenant mon service dès le jour, je restais d’ordinaire dans la salle du conseil municipal, aménagée à présent en central téléphonique, en compagnie des autres « liaisons » dormant, causant et lisant quelques livres puisés dans la bibliothèque de l’instituteur, entre autres, la Guerre et la Paix de Tolstoï. A chaque instant, il y avait à transmettre des communications aux différens chefs d’unités dépendant du commandant ; c’était intéressant pour nous qui pouvions, ainsi, comprendre ce qui se passait.

Le jeudi paraissait devoir s’écouler aussi calme que les jours précédens, lorsque une, puis deux, puis trois, puis encore beaucoup d’autres marmites de 150 vinrent nous rappeler que nous n’étions pas là pour nous amuser et que nous ferions bien d’aller voir à la cave comment on s’y trouvait !… On y transporta les appareils téléphoniques et, en nous tassant beaucoup, nous trouvâmes tous notre place, officiers et agens de liaison. Les Allemands bombardaient copieusement le village et il paraissait assez malsain de risquer le nez dehors ; plusieurs fantassins avaient eu à s’en plaindre. Les chasseurs à pied