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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/846

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importance pour les Allemands ; au moment de la prise de contact dans cette région, les Français les avaient d’abord refoulés progressivement, village par village, puis, devant des forces supérieures, ils avaient, momentanément, plié, mais, finalement, s’étaient à nouveau rendus maîtres du terrain précédemment occupé par eux, sauf Monchy, qui formait une pointe saillante des lignes allemandes, menaçant notre front : nous allions tenter de l’enlever.

La préparation de l’attaque débuta par de nombreuses reconnaissances d’avions ; presque chaque jour, nous étions attaqués par des avions allemands, mieux armés et plus rapides, mais nous veillions au grain et, sitôt que nous le pouvions, tapions dans les taubes avec joie ! Puis, la lourde entra en action pour démolir les batteries et les gros abris ennemis.

Enfin, le 75 eut aussi à donner de la voix, non contre le 77, car il y en avait très peu, mais contre les tranchées de la Garde devant Monchy. Ce bombardement avait lieu tous les jours, deux fois, pendant 5 minutes, à 50 coups par batterie. Au signal donné, les 12 batteries de 75, appuyées par les deux de lourde, ouvraient le feu. Chaque seconde apportait l’écho d’un coup tiré et d’un éclatement ; le tapage était infernal et affolant et, pour nous qui, de l’observatoire, pouvions merveilleusement voir les coups porter, c’était un spectacle féerique, diabolique, inouï ! A 300 mètres, à droite et à gauche du village, et tout le long de sa lisière, il tombait un obus tous les 12 mètres, en tir progressif fauché, tantôt à balles, tantôt à explosifs ; quand, au bout d’un instant, les coups se faisaient plus espacés et cessaient enfin, nous laissant les oreilles bourdonnantes, nous apercevions deux nuages d’épaisse fumée blanche (pour les shrapnells) et noire (pour les explosifs) flottant doucement au-dessus des premières maisons, trouées ça et là par la flamme d’un incendie. Une demi-heure, nouveau bombardement dans les mêmes conditions ; la nuit étant alors tombée, ce n’était plus des flocons de fumée qui nous révélaient la chute des obus, mais la flamme de leurs éclatemens ; on eût dit une rampe de lampes électriques s’allumant à la cadence des étincelles des magnétos, comme on en voit aux stands d’automobiles au Salon de l’Auto. On ne peut se douter de ce qu’est le tir du 75 tant qu’on n’a pas vu un pareil spectacle.

Les ravages produits par ces bombardemens durent être