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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/83

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d’Organisation est aujourd’hui, pour quelques docteurs d’outre-Rhin, un nouvel impératif que l’Allemagne doit imposer au monde, accompagnement nécessaire de la Kultur. Ils appliquent ici les principes de l’énergétique ; aussi leur parait-il indispensable que chacun reste enfermé dans une étroite spécialité, afin de donner son rendement maximum. Notre planète doit devenir une vaste usine sous la haute direction d’ingénieurs et de professeurs allemands, en même temps qu’une geôle soumise à la dure surveillance du militarisme germanique. Tel était le but de la guerre actuelle, effroyable vision de barbares savans, dont la réalisation constituerait un immense recul pour l’idéal de civilisation humaine, poursuivi par tant de nobles penseurs, d’après lequel chaque nation doit apporter dans l’œuvre commune de l’humanité ses qualités propres, sans qu’aucune prétende à une domination qui ne pourrait que retarder la marche de l’esprit humain. Ce fut même jadis le rêve du plus grand esprit qu’ait produit l’Allemagne, Leibniz, qui s’efforçait de trouver des terrains d’union entre les nations. Mais, hélas ! le vieux fond atavique de race de proie, que fut si souvent l’Allemagne à travers les âges, est remonté à la surface, et tous doivent, en ce moment, s’unir contre un peuple qui, se croyant d’essence divine, prétend s’imposer au monde par la violence.


EMILE PICARD.