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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/825

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Maritz, aventurier vulgaire, Beyers, ambitieux déçu, Christian de Wet, héros égaré par une intelligence peu clairvoyante, furent leurs instrumens. Quant aux comparses, on utilisa la rancœur vivace des uns ; pour d’autres, l’argent servit d’argument irréfutable.

Les plans allemands ont avorté. La puissance allemande dans l’Afrique du Sud n’est plus : son influence néfaste a disparu. Le 12 mai, le général Botha déployait l’Union Jack à Windhoek, la capitale de l’Afrique Occidentale allemande, qui devait augmenter l’Union d’une province nouvelle.


Quelles seront pour l’Union les conséquences de la crise violente qu’elle vient de traverser ? Sans doute, un sentiment de rancune subsistera chez quelques individus, peut-être dans quelques régions. Mais les irréconciliables n’étaient qu’une minorité et leur insuccès dessillera les yeux d’un grand nombre d’entre eux. En tout cas, les générations qui arrivent à l’âge d’homme ne vivront pas une vie aussi isolée que celle qu’ont vécue les générations précédentes ; le développement de l’instruction, l’expansion de l’anglais, devant lequel le taal doit fatalement céder, feront leur œuvre. L’Eglise hollandaise, qui a sur ces âmes frustes une emprise puissante, pourra beaucoup pour rétablir l’harmonie. Un homme serait à même d’exercer une bienfaisante influence. Le général Hertzog a gravement erré. A l’origine de son erreur est son amour ardent pour sa nationalité et son peuple : il les a mal aimés ; il voulait les servir et il a failli les précipiter dans l’abîme de la guerre civile. Saura-t-il faire taire un amour-propre cruellement froissé pour prononcer les paroles de sagesse qui décideront de la conduite de ceux qui lui demeurent encore fidèles ?

La crise récente a justifié la hardiesse, beaucoup qui y étaient opposés disaient alors la dangereuse témérité de la politique du gouvernement anglais au lendemain de la guerre de trois ans, lorsqu’il a rendu leur autonomie aux vaincus. Avec la nature renfermée des Boers, leur ténacité, leur amour de l’indépendance, quel merveilleux terrain auraient eu à exploiter les intrigues allemandes, si l’Angleterre leur avait imposé un gouvernement oppresseur et étranger ! Le général Botha, dont la figure sort tellement grandie de cette dramatique période, peut désormais avoir confiance dans le triomphe de sa