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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/824

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sud-africain, le chef du parti hollandais de la province du Cap, redouté pour sa critique d’une franchise déconcertante, respecté de tous les partis, après avoir absous Hertzog de complicité dans la rébellion armée, affirma que ses discours inconsidérés, sa « politique des deux fleuves, » étaient la cause première de l’épisode tragique que venait de vivre l’Union et exprima, d’un ton quelque peu dédaigneux, le regret que le général n’eut pas eu le courage de dire la parole libératrice au moment opportun. Le 17 mars, l’Assemblée clôturait ces pénibles débats en votant, par 70 voix contre 15, le bill d’indemnité.

Malgré sa soudaineté et la surprise qu’elle a causée, la rébellion avait des causes profondes et lointaines. En 1902, les calamités accumulées par trois années de guerre avaient contraint les Boers à renoncer à leur indépendance. Beaucoup cependant avaient conservé l’espérance, chimérique peut-être même à leurs yeux, profondément enracinée pourtant, que la République renaîtrait un jour, agrandie et glorieuse. Hertzog, par attachement sincère à la vieille patrie, irrité aussi, sans doute, du rôle effacé auquel était réduite dans l’Union sa petite patrie, l’Etat libre, se fit le défenseur ardent des aspirations de ces irréconciliables. Puis, sa conduite fut affectée par une ambition nouvelle : grisé par le nombre grandissant de ses fidèles, il rêva de diriger les destinées de l’Union et se posa en rival de Botha. Ces causes ont été habilement utilisées par les Allemands. Il y a quinze ans, incapables de tenir tête à l’Angleterre, ils avaient abandonné les Boers à leur sort : ceux-ci leur tinrent rigueur. Il fallait patienter. Les Allemands patientèrent : ils surent ne pas perdre le contact avec les Afrikanders hollandais, et ils se consolidèrent dans leur colonie de l’Afrique Occidentale. Ils construisirent un réseau de voies ferrées plus stratégique qu’économique ; ils en demandèrent la jonction avec le réseau de l’Union : bien inspiré, le gouvernement de celle-ci éluda la demande. La révolte des Herreros fournit un prétexte pour maintenir dans la colonie un noyau assez important de troupes régulières : environ 2 500 hommes, qui devaient, le moment venu, servir à encadrer les colons. En 1914, ils disposaient ainsi de quelque six mille hommes, solides et connaissant bien le pays. Les approvisionnemens en munitions étaient abondans. N’était-ce pas suffisant pour, aidés par une rébellion opportune, réduire à merci l’Afrique du Sud britannique ?