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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/774

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de mettre en doute la résolution de leurs États respectifs à faire honneur à leur signature ? Une telle illusion aurait été surprenante ; elle est, en tout cas, dissipée. Il n’y aura plus de conventions, sans des sanctions appropriées pour en commander le respect.

C’est ici que les neutres peuvent assurer l’avenir, en prononçant, pour le présent, leur dernier mot, qu’ils n’ont point dit encore.

La tâche des Etats neutres est facilitée depuis trois mois par la réprobation générale dont a été frappée l’action des sous-marins contre des paquebots inoffensifs. Les voix les plus éloquentes se sont élevées, voix d’orateurs ou d’hommes politiques, voix d’hommes d’Etat célèbres dont le nom est sur toutes les lèvres, protestant avec une véhémence croissante, à la fois contre la violation des conventions signées par leur propre pays, et contre celle de tout ce que la conscience des peuples appelle les lois divines et humaines. L’heure n’est plus aux débats puérils sur le blocus effectif, le voyage continu ou les catégories de contrebande de guerre.

Parmi les chefs d’Etat, celui que son importance politique désigne pour le premier rôle, en dehors même de son autorité personnelle de jurisconsulte, a été porté dans l’arène par la force des choses. Il a des vies de compatriotes à protéger ; il a des morts de compatriotes à venger. Quiconque a foi dans le droit international suit avec un intérêt passionné le duel diplomatique engagé entre Washington et Berlin.

Dans les notes qu’il a tenu, dit-on, à rédiger de sa plume, le président Woodrow Wilson s’élève au-dessus des textes plus ou moins imparfaits et des conventions plus ou moins incomplètes. Il remonte aux sources du Droit, ars boni et æqui. Aussitôt dégagé des circonlocutions de courtoisie, son langage rappelle celui des fondateurs de la raison écrite. Gaius, qui a gravé pour les siècles la définition du jus gentium, « quasi quo jure omnes gentes utuntur, » ne désavouerait pas l’invocation aux « règles de la loyauté, de la raison, de la justice et de l’humanité considérées par l’opinion moderne comme impératives. » Ulpien, qui attribuait aux animaux eux-mêmes le respect du jus naturale, n’aurait pas flétri plus vigoureusement que la note du 13 mai l’attentat dont les Américains du Lusitania furent victimes. Non plus que les conventions de La Haye, ni Gaius, ni Ulpien,