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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/719

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délégués, parmi lesquels se trouvaient trois ministres, il a voté une résolution qui lui fait honneur. Nous n’étonnerons toutefois personne en disant que nous sommés loin d’approuver leur déclaration tout entière : elle contient beaucoup d’illusions, généreuses sans doute, mais dangereuses en ce qu’elles peuvent répandre dans les masses des espérances qui ne seront pas de bien longtemps réalisables, à supposer même qu’elles le soient jamais. Comment ne pas penser un peu à M. Bryan quand on y lit que « le gouvernement de la France s’honorerait devant l’humanité si, des horreurs mêmes de la guerre, il faisait surgir la lueur qui conduira le monde à la paix ? » Que faut-il pour cela ? Que le gouvernement « dès maintenant propose à ses alliés d’accepter l’engagement solennel de soumettre à l’avenir tous les litiges qui pourraient se produire entre ces nations à une procédure d’arbitrage international ; qu’il fasse appel à tous les neutres mêmes pour s’associer à cet acte ; qu’on garde la porte ouverte à toutes les nations qui l’accepteront aussi. » C’est sans doute pour l’empereur d’Allemagne que nous garderions éventuellement cette porte ouverte. « Si, continuons-nous de lire, une telle initiative est suivie d’effet, la France, une fois de plus, aura mérité la reconnaissance du monde pour sa volonté de paix, pour la liberté des individus et des nations. » Dieu nous garde de le contester, mais il y a peu d’apparence que l’initiative, si elle est prise, soit suivie d’un effet immédiat, et sans doute le Comité national du parti socialiste unifié le croit comme nous, mais il a voulu faire l’union dans son propre sein et pour cela donner satisfaction à tous ses adhérens. Au moment où nous sommes, il n’y a aucun inconvénient à cela, il n’y a même que des avantages. Pour l’avenir, la résolution votée vaudra ce qu’elle pourra ; pour le présent, elle est excellente. Elle affirme à nouveau la « confiance inébranlable (du parti) dans la cause des Alliés et de la France républicaine. » Elle rappelle qu’après la déclaration de guerre et la violation de la neutralité de la Belgique et du Luxembourg, « sans hésitation, à l’unanimité, assuré du droit de la France, de sa volonté pacifique, le groupe socialiste votait au Parlement les crédits pour la défense nationale. Le Conseil national approuve cette décision, qui, dit-il, emportait toutes les autres. » « Pour chasser du monde les rêves exécrables d’une hégémonie qui aboutirait à placer l’Europe sous le talon de l’impérialisme le plus brutal, le plus agressif et le moins scrupuleux, le parti socialiste se déclare à nouveau prêt à continuer son concours, sans réserve comme sans défaillance ni lassitude, à l’œuvre de défense nationale… Il poursuit, avec l’ensemble du