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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/712

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Religieuse, nationale et domestique, l’œuvre de Gluck mériterait de porter en épigraphe : « Pro aris et focis. Pour les autels et pour les foyers. » Elle est la constante apologie, l’apothéose éternelle de la patrie, de la famille et de la maison. Irons-nous y chercher des allusions, ou des analogies, qui nous émeuvent et nous exaltent ? L’embarras ne sera que de choisir. Les accens d’un Agamemnon, d’une Iphigénie, d’une Alceste, retentissent plus loin que jamais dans notre cœur à tous, à nous qui sentons aujourd’hui crier en nous les voix de la chair et du sang, et qui leur imposons silence. D’autres accens, tels que ceux d’une Armide, exciteront, aviveront contre « l’ennemi qui nous offense » notre haine sacrée, notre haine sainte. Il y a plus encore. Autant que chacun de nous, notre peuple, notre pays tout entier pourrait demander à Gluck, aux chœurs d’une Alceste, d’une Armide ou d’une Iphigénie, des exemples de constance et de concorde, d’unanimité dans le courage, dans la prière, dans l’espérance et dans la foi. Ainsi la beauté, la vertu de ce génie, qui touche toutes les époques, regarde plus particulièrement la nôtre. Entre tous nos musiciens, Gluck est le maître de l’heure, celui dont la France peut recevoir aujourd’hui les conseils les plus héroïques et les plus sublimes-leçons.


CAMILLE BELLAIGUE.