Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/68

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


élu, chargé par son Dieu de diriger le monde, donne une explication d’ordre général, mais il importe d’indiquer des raisons plus particulières.

On est constamment frappé, en lisant les livres et les mémoires des auteurs allemands, de leur prodigieuse incapacité à mettre en lumière les idées essentielles. Les détails et les points importans sont traités avec la même ampleur, et le lecteur chemine péniblement sans savoir où il va. Il y a là tout d’abord une incapacité de rédaction qui nous choque et rend pénible la lecture de ces travaux quand bien même ils sont en eux-mêmes intéressans. Souvent, même chez les plus illustres, les idées directrices restent obscures, peut-être à dessein. Tel Gauss dans ses recherches profondes sur la théorie des nombres, dont plus d’un passage constitue une énigme à déchiffrer. Il en est de même chez Weierstrass, puissant penseur mathématique assurément, mais qui semble craindre de montrer à ses lecteurs de trop vastes horizons et les conduit en tenant une lanterne sourde. Avec quel plaisir on revient, après la lecture d’un texte scientifique allemand, à un mémoire clair et lumineux de Lagrange, à un livre de J.-B. Dumas ou de Claude Bernard ! Je n’ose décider dans quelle mesure la langue allemande contribue aux défauts signalés plus haut. Il se peut que la formation de mots composés, où le rapport entre les composans est si mal défini, joue là un certain rôle ; il est étrange en tous cas que, depuis Fichte, les Allemands trouvent dans cette agglutination un signe de supériorité.

D’une manière plus générale, dans un ensemble un peu vaste, l’Allemand juge mal de l’importance relative des questions. C’est ce qu’on ne voit que trop dans les encyclopédies et les résumés, pour lesquels il a tant de prédilection, et dont plus d’un fausse l’histoire des sciences dans l’esprit de ceux qui leur accordent toute confiance. Bien entendu, ces sortes d’ouvrages ont fréquemment le souci de glorifier la science allemande ; mais, même quand ils sont faits avec impartialité, ils sont souvent inutilisables, confondant dans une même citation des mémoires fondamentaux souvent très courts et de longues dissertations qui n’ont pas amené un progrès réel. Ce défaut dans l’estimation de la valeur scientifique a conduit à apprécier la quantité aux dépens de la qualité, et, l’Allemagne étant sans conteste le pays où les presses des imprimeries