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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/639

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Mardi, 22 novembre 1836.

M. de Persigny écrit, et la Reine corrige ce qu’il fait… La Reine nous a fait longtemps attendre pour déjeuner. Elle est arrivée tellement en larmes qu’elle n’a pu manger. C’était une lettre de son mari à Vincent en réponse à la copie de la lettre de son fils qu’on lui avait envoyée. Il répondait en envoyant sa bénédiction. Cela rappelait à la pauvre mère la malédiction donnée en Italie et payée peut-être de la vie de l’aîné. Elle a bien vite écrit au Prince en lui envoyant cette lettre.


Mercredi 23.

Les journaux annonçaient l’embarquement du Prince à Lorient le 16.


Samedi 26 novembre 1836.

Le soir, la Reine a reçu une longue lettre bien triste du Prince ; son inquiétude pour Vaudrey, Parquin, domine tout. Il ne veut pas que sa mère vienne. Il veut être seul, pour que rien ne lui rappelle tout, ce qu’il a perdu. Il va voyager, puis se faire cultivateur, s’établir, et, dans un an, il verra si sa mère peut venir le joindre. Il mettait à la voile le 17. Sa santé est bonne…


Lundi 5 décembre 1836.

A son coucher, la Reine m’a conté quelques-uns des détails que la duchesse de Raguse lui écrit sur le Prince. Son enlèvement a été fait si brusquement la nuit, son voyage a été si rapide et si mystérieux que cela a dû lui faire penser à l’affaire du Duc d’Enghien et d’autres prisonniers sacrifiés en d’autres temps. Arrivant au milieu de la nuit à la Préfecture de police, passant de l’obscurité aux lumières, il a jeté autour de lui un regard inquiet, croyant trouver la une espèce de tribunal. M. Gabriel Delessert lui a remis la lettre de sa mère, qui le fit fondre en larmes à tel point que M. G. Delessert en fut attendri. Il demanda s’il pouvait lui répondre, si sa lettre serait vue, et, sur l’instant, il écrivit cette lettre si belle que les journaux ont répétée. La Reine, tout en trouvant, comme M. de Persigny, que les autres seraient belles aussi à faire connaître, veut attendre que le procès soit fini pour ramener l’attention sur cette affaire. C’est chez M. de Persigny que le Prince est débarqué