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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/638

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qu’il écrit à un homme, et non à une machine à qui il faut une quenouille. » J’ai été chercher un atlas. Nous avons lu un article sur Baltimore, où la Reine a écrit à son fils de se rendre, Le soir, les journaux étaient de mieux en mieux pour le Prince, et ces messieurs se réjouissent que sa présentation à la France se soit ainsi faite et qu’un si grand malheur ait tourné en bien pour lui et son parti. La Reine a reçu une lettre de lui sans date, qui lui est renvoyée du cabinet du Roi le 15. Elle est si belle qu’elle va tâcher de la faire mettre dans le Journal de Constance et de Thurgovie, pour qu’elle arrive à Paris. Dans le cas où cela ne réussirait pas, M. Marliani en emporte une copie et la ferait connaître à Paris. La lettre du Prince et une de M. de Persigny pour Paris ont occupé toute la soirée…

La Reine a reçu hier une lettre du Prince, sans date, écrite probablement au moment où il s’embarquait. Il lui demande instamment de ne pas le suivre en Amérique.


Arenenberg, lundi 21 novembre.

M. Cottrau, au moment où je descendais au salon à l’heure du déjeuner, est venu au-devant de moi pour me prévenir que M. de Persigny s’appelait Geburt et était officier de lanciers… M. Rugger avait quitté un bal donné pour la fête de la princesse Elisa et voyagé toute la nuit pour venir remplir sa mission de consolation près de la Reine. Le prince de Furstenberg était arrivé le même jour de Mannheim, apportant des lettres confidentielles de la grande-duchesse à la Reine. La pauvre grande-duchesse a si peur de se compromettre ! M. Rugger lui ayant dit que le Prince avait été enlevé de Strasbourg, elle lui a fait dire par son prince de ne plus écrire. Toujours est-il que M. Rugger apportait de bonnes nouvelles. Son prince et la grande-duchesse lui donnaient le conseil de « ne pas bouger d’ici, de ne pas songer à aller en Amérique, parce que cela la compromettrait aux yeux des Puissances, qui la croiraient complice de son fils, si elle s’exilait avec lui. On savait de très haut lieu que la vie du Prince n’avait couru aucun danger et qu’il en aurait été quitte pour moins que l’Amérique, si sa mère l’avait demandé pour lui. On espérait qu’il n’arriverait rien à ses compagnons. D’ailleurs, qui sait les événemens que l’avenir nous prépare ? Louis-Philippe ne tiendra peut-être pas deux ans, et il faut prendre patience à ce qui est parfaitement d’accord avec les projets de la Reine…