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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/632

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une longue lettre qu’Aimé a écrite au général et que l’on m’a communiquée ce matin… Aimé a passé plusieurs heures chez le Roi, entouré de la famille royale et des ministres, il a déjeuné chez le Roi avec tout le monde et il fonde son espérance pour la vie du Prince sur ce qu’il a entendu dire là…


La même à la même.

Strasbourg, dimanche 6 novembre 1836, à 2 heures du matin.

… Je puis causer avec toi à cœur ouvert, ma Fanny. Papa va demain à Kehl, et je suis sûre que cette lettre ne sera pas ouverte… Valérie ne te laisse pas sans nouvelles et tu sais qu’elle est à Kehl. Tu peux aussi bien le savoir, je pense, que le Procureur général, le Préfet, et toute la Police. Papa va trouver Valérie pour la conjurer de partir, je compte lui écrire aussi pour la décider. Le grand-duc de Baden a donné l’autorisation à notre police d’arrêter dans ses Etats tous les gens compromis dans cette folle entreprise du Prince, et Valérie est moins en sûreté à Kehl qu’elle ne le serait à Strasbourg ou à Paris. Je ne puis supporter la pensée de voir son nom figurer dans cette affaire à côté de celui d’une Gordon et l’idée de la prison pour ma pauvre sœur me torture horriblement…

Il paraît, d’après ce qu’Aimé a entendu à Paris, qu’on est disposé à l’indulgence envers le Prince et l’on gâterait sa cause par de nouvelles intrigues ; Valérie n’est pas à Kehl sans agir pour avoir des nouvelles du Prince, ou lui en faire donner, cela n’est pas supposable. Que serait-elle venue faire là ? Eh bien ! toutes ses démarches sont surveillées et connues, et celles même cachées nuisent à la cause qu’elle veut servir et ne peuvent que compromettre les gens auxquels elle s’adresse et faire de nouvelles victimes. Surtout si elle rêvait follement d’entreprendre de faire évader le Prince, tout cela finirait peut-être aussi par nous compromettre ; mais tu penses que ce n’est pas cette considération que j’ai mise en avant près de Valérie pour la décider à s’éloigner. Je sais trop que ce ne serait d’aucun poids, je suis sûre qu’elle en veut à mon mari de ne pas avoir été traître à ses sermens, son pays et ses devoirs, pour servir une cause absurde et désespérée. Mais la France connaît-elle donc le prince Louis ? Où sont les garanties qu’il donne pour qu’on pense qu’il la rendra plus heureuse et plus prospère ?